jeudi, 05 novembre 2009
Une seule question
Pourquoi je l'aime. Vous vous en foutez sans doute, vous avez raison. La question m'intéresse assez toutefois pour que j'y consacre un billet de plus. Mais ne partez pas tout de suite, ce n'est pas une question abstraite, plutôt une question de chair, une question à tomber sur un os.
A la cinémathèque nous sommes allés voir une expo. Une expo sur les lanternes magiques, j'avais eu envie d'y aller à cause d'un billet sur un blog, et pour voir de belles choses, je préfère l'emmener avec moi, ajouter de la beauté à la beauté.
On entre, tout de suite c'est l'obscurité, et les projections dans tous les sens. Elle a dit: "Comme si on était à l'intérieur de la lanterne magique..." Pas le temps de penser les choses, elle les sent tout de suite. Bien, ça me dispense de faire des phrases pour démêler l'entrelacs de mes colères jusqu'au cœur de la beauté première. C'est comme si elle me rebranchait directement sur le vrai de mes sensations.
Au so donc et sur les murs, et sur les plafonds, des petits films se projettent, tremblent et s'en vont. Puis reviennent. Les couleurs sont tendres, oui tendres comme sont nos souvenirs. Et la lumière douce, tamisée et brumeuse. Ca tremble, ça saute. On s'y croit.
Elle est toute émerveillée, à mon bras, et moi aussi. Nos yeux se démultiplient, on boit tout, les plaques, dans les vitrines sur fond noir, rétro-éclairées. Les couleurs sont superbes, pas du tout passées. Les dessins sont géniaux, fantaisistes, naïfs, salaces, insolents. Il y a les machines de ci de là, sous vitrine, elles brillent de tous leurs cuivres, et en même temps on sait qu'elles viennent de loin.
Mon Adélaïde marche à petit pas excités, dans tous les sens, je me marre intérieurement, pense aux lascars qui se sont épuisés à concevoir un parcours. Ah ah. Souvent elle s'arrête pour lire les panonceaux, elel lit vite et tout. Plus vite que moi, délicatement elle m'attend, mon bras la tient fermement, elle sent sa force et que je n'ai pas fini. Ca me va, ca me va très bien.
Elle s'arrête aussi pour me dire: "C'est merveilleux, tu trouves pas ça merveilleux?". Moi je ne suis pas un bavard. Plutôt je suis un homme bavard, mais je reste un homme. Bien sûr que c'est merveilleux, mais par pudeur, idiote sans doute je ne dis pas. Alors je la regarde émerveillé et amusé, et quelquefois, avec une pointe de fausse exaspération qui ne la trompe pa du tout: "Mais ouiiii, c'est merveilleux."
Tout est merveilleux, ces planches, les allées quasi désertes, le silence, le lanternes magiques revenues du XVIIIème. Et puis toute l'imagerie autour: gravures représentants les colporteurs, leur lourde lanterne au dos, on les imagine allant de bourg en bourg, gagnant leur croute en vendant une magie qui leur démontait la colonne au long des jours, dans le froid et la fatigue. On imagine les enfants d'alors, émerveillés comme plus tard le petit Marcel du Temps perdu, et plus car le colporteur passe, fend le quotidien laborieux de l'enfant des campagnes.
Il y a cette affiche, sur une fantasmagorie, terrible. Que n'ai-je noté sur mon petit carnet? Le spectacle commençait "à sept heures précises". Les fantasmagories étaient "plus étonnantes qu'effrayantes". Une chanson en vers fixes accompagnait le texte, tout un merveilleux rituel à peu près perdu.
Nous avons passés le rideau noir, vu le film horrifique. Elle a peur, sent ma force d'autant plus, effroi délicieux. Nous sommes seuls dans cette alcôve d'ombre et de lumière. Le spectacle s'arrête, une visiteuse nous chasse, comme nous avons chassé le solitaire en long manteau tout à l'heure passé le rideau rouge, où c'était interdit au mineur - un ancien film érotique, qui me fit rire si fort, car je n'ai aucune tenue et surtout c'était irrésistiblement attendrissant.
Alors il y a eu la cloche qui a tinté, et la voix de la femme qui a dit: "Mesdames, messieurs, si vous voulez bien le spcetacle de lanterne magique va commencer..." Ô magie!
C'était une femme d'à peu près trente ans, avec un jean pas du tout sex, un pull à rayures multicolores impossible à assortir avec quoi que ce soit, un long nez fin, des yeux noirs profonds et des cheveux très bruns, ondulants. Tout pour être magnifique en fait, mais habillée, je regrette de le dire un peu n'importe comment. Mais une façon d'etre comme ça proprement irrésistible mais j'étais déjà avec une femme irrésistible, une doit suffire.
On n'a pas su comment elle s'appelait, tout le monde s'est rassemblé, elle était derrière le petit bandeau qui la protégeait elle et la précieuse machine de M. Émile Reynaud, l'ancêtre du cinématographe. En fait c'était un reconstitution comme elle allait nous l'expliquer tout à l'heure.
Elle nous a parlé du bonhomme, de sa machine, de sa singularité. Elle avait des gants noirs de velours, assez érotiques dans ce tout. En fait c'était pour effleurer d'une caresse suprêmement sensuelle la roue où passait le film, et cela projetait sur un écran peint la silouette lumineuse des baigneurs autour de la plage et de la cabine. En fonction de sa vitesse. Et la fin le bateau dont la voile se déplie pour signaler que le spctacle est terminé.
Elle est revenue vers nous, des questions? Moi j'en avais une à poser, je voulais savoir pourquoi l'inventeur avant de mourir avait tout brûlé, obligeant d'autres hommes à reconstruire ce qu'il avait inventé. Elle nous a expliqué de sa voix très douce et passionnée que le cinéma arrivait, ruinant l'invention de Reynaud. Du coup il avait tout laissé tombé, sa machine au film souple "à longueur indéfinie, son ancien "praxinoscope". Pour se consacrer à un difficile projet de projection en 3D!!! Un fou, j'étais dingue de sa folie.
Mais avant que je pose cette question, avant que la dame y réponde, Adélaïde s'est "détachée" de moi, s'avançant délicatement vers la dame, pour lui demander:
"Mais alors, c'est vous qui imposez la vitesse? Chaque projection est différente?"
Quand elle a posé cette question j'ai su pourquoi je l'aimais, et la dame qui l'avait vue à mon bras m'a, j'en jurerais, jeté un regard entendu. "C'est la bonne." Oui, oui. Je sais.
Elle aussi, la dame protégée par le bandeau, passionnée par les travaux de Reynaud, qui cherche encore certaines choses qu'on ne sait pas de lui, c'est aussi une merveille de femme à mon avis. Elle a répondu qu'ils étaient deux à faire la démonstration durant l'expo et qu'ils n'avaient pas la même interprétation."
Pour ce mot d'interprétation, je serais tombé amoureux. Mais allez savoir, l'hésitation d'Adélaïde, sa petite question toute humble, pour moi tout est là, dessiné juste comme il faut. Et puis bon y a d'autres trucs. Mais j'étais surtout venu vous parler des lanternes magiques.
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Pas le temps de relire ce soir. Ciao tout le monde et allez y si vous pouvez!!!!
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mercredi, 04 novembre 2009
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lundi, 02 novembre 2009
Enquiller
Journée morte. Pas essayé de tuer le temps, pourtant. Essayé de faire des choses, de produire, ou je ne sais pas. Bilan: un ou deux mails, une lettre tapuscrite, un manuscrit en souffrance chez le relieur. Et rien, pas l'ombre d'un désir réellement suscité plutôt qu'attendu plus mollement encore que l'on attend les vacances.
L'impression dans le RER d'être un fantôme, mais vraiment, pas juste pour faire une comparaison. D'être vide, inexistant, une vague conscience désincarnée, si cela pouvait exister. Alors comme d'hab' je me suis tourné vers les femmes, celles du compartiment, je cherchais les plus belles du regard comme un mendiant, juste pour sentir le sang couler dans mes veines.
Il y en avait quelques unes, mais rien, il montait d'elle comme une douce pitié. Leur beauté semblait prier pour mon salut, tristement. Et rien de plus.
Après je suis allé m'échouer dans ce troquet où nous avions été, une fois, l'Estaminet. Seul. J'ai pris un thé, nous prenons toujours un thé, ou alors parfois je prends une bière, mauvais garçon. Parce que ça te plait, et que j'aime ça. Et d'ailleurs la dernière fois c'est ce qui s'est passé je crois. Tu as pris un thé et moi une bière.
Mais là, j'allais pas faire l'homme de mauvaise vie, je venais pour aucune comédie vu que je ne croyais plus à rien. la mauvaise vie tient dans un bock pour peu qu'on y croit sincèrement. C'est cela je crois l'illusion romanesque*. Mais là je n'avais pas envie, je n'avais plus d'envie, j'avais à peine un souvenir d'une envie passée, un peu loin comme une autre vie.
Et puis là d'un coup pendant que je remuais mon thé sucré, il s'est installé, cet inconnu. J'allais apprendre qu'il s'appelait Daniel, qu'il avait commencé à être instituteur à 17 ans, il parlait de ses inspections, un esprit fort. Objecteur et insolent. Le visage creusé et jeune, dur de lui donner un âge. A tel point que quand une femme les a rejoints, lui et le couple qui lui faisait face - les patrons du Maldoror - j'ai cru que c'était sa femme. Véronique, Véro, la femme de Daniel? Non c'était sa fille.
Je tenais à la vie par ce qu'il racontait, cet inconnu, Daniel. C'est lui qui m'a rendu le sourire. Rire ce serait pour plus tard. Je suis rentré chez moi ça allait un peu mieux, entre temps je l'avais eue au téléphone, j'avais souri mais elle voyait bien que c'était pas le Tanguy des grands jours, le fauve. Dans les couloirs du métro puis dans le RER je regardais les jeunes femmes appétissantes, sentant le désir renaître enfin. Un désir timide, qui choisit des jeunettes, proies faciles qu'un rien séduit, le premier tocard venu mais j'en étais à peu près là.
Et puis un ami m'a appelé, Fred et je l'ai rappelé - question de forfait. Il m'a parlé d'un bouquin, L'amour au temps du choléra de Garcia Marquez. A eux deux ils m'ont offert mon premier éclat de rire de la journée. C'est rare que je doive les compter, mes éclats de rire. Rare et très mauvais signe. Je dois être d'un naturel joyeux, je ris souvent, facilement et fort. Et là donc mon premier rire. Il était quasiment 19h, j'étais sauvé. On y prend gout, les autres ont suivi sans forcer.
J'ai mangé au Libanais, encore un peu enténébré. Mais j'étais redevenu un homme je pouvais soutenir le regard de la patronne. Rire sans faire semblant, être vivant, sentir les désirs onduler sous la peau "comme un fleuve de reptiles"*. En rentrant je pensais: "Encore une sale journée d'enquillée."
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Notes:
* Ici était une saloperie expédiée dans les limbes par un justicier épris de théâtre. Qu'il en soit remercié.
** "Comme un fleuve de reptiles" (Cortazar, dans Continuité des parcs) Il y est question, justement, de l'illusion romanesque. Et cela a quand même plus ou moins un rapport avec le désir. Comme tout lettreux je suis programmé pour toujours retomber sur mes pattes. (ou celles de la mauvaise foi)
20:29 Publié dans L'huile sur la barbe d'Aaron | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0)
Lucide
"Quand il réalisa qu'écrire ne le dispensait pas de vivre, il regretta de devoir écrire."
(On peut imaginer qu'une vaisselle monumentale l'attend dans l'évier, ou une vilaine pile de copies, ou de paperasses - mais pas dans l'évier, évidemment! On peut aussi imaginer qu'il a rencart avec la femme qu'il aime. Enfin tout un tas de trucs allant du chiantissime au profondément merveilleux.)
15:57 Publié dans Vide sidéral | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0)
dimanche, 01 novembre 2009
Angelina
Quand elle se souvenait d'aimer la vie elle était belle à chanter, à peindre, à filmer. Belle à rire ou à pleurer. Aujourd'hui elle est morte. Je l'ai aimée quand elle aimait la vie, j'ai souffert quand elle cessait de l'aimer, quand elle avait peur. Elle avait raison d'avoir peur d'une certaine façon. Et d'une certaine façon j'espère qu'elle avait tort.
Elle aurait pu avoir tous les hommes, elle aurait pu m'avoir d'ailleurs. Mais elle ne voulait pas tous les hommes, elle n'en voulait qu'un et je n'ai pas été celui qu'elle voulait, celui qui aurait éteint en elle cette peur qu'elle avait, cette peur qui la rendait si effrayante et qui m'avait effrayé, cette peur qui m'avait fait partir alors que l'espoir ne m'avait pas abandonné. L'espoir de la voir sourire, se souvenir d'aimer cette vie qui allait la quitter si vite, de l'aimer avec moi.
J'ai eu peur Angelina, je te demande pardon, vraiment pardon. J'ai cru que tu pouvais me faire mal parce que j'avais mal de t'aimer sans pouvoir vaincre ton mal. A qui aurais-tu pu faire du mal? Tu avais peur et tu voulais qu'on te rassure. J'ai peur que tu n'aies quitté ceux qui tant bien que mal t'aimaient dans une solitude affreuse.
Ca me fait mal d'imaginer que tu t'es éteinte si seule parce que nous avons eu peur comme tu avais peur. Pour les autres je ne sais pas, pour moi c'est certain: j'avais peur de toi, pas seulement du mal qui te rongeait et dont - Dieu me pardonne - j'avais fini même par douter. Avant ce jour où tu m'as appelé, ce soir à St-Michel, en me disant que tu avais un cancer. Ce jour où les mensonges qui m'ont fait tenir se sont éparpillés près de la fontaine où j'allais engloutir un livre que je voulais offrir à une autre, cette autre que j'aime aujourd'hui comme je t'ai aimée.
Elle aime la vie comme tu l'aimais et me la fait aimer, vous êtes liées l'une à l'autre sans que je comprenne bien comment. Elle le sait. J'espère que tu le sais aussi, j'espère qu'il y a une autre vie où se rachète la souffrance d'ici bas car je sais que tu as souffert. Maintenant ceux qui t'aimaient souffrent et je pense à toi, à eux qui t'aiment et qui souffrent. Je pense à toute la douceur qui te semblait promise et qui ne t'a pas été donnée, que je n'ai pas su te donner. Les autres je ne sais pas, moi je te demande pardon dans ce vide que tu as lu quelquefois, ces putains de mots que je pensais invincibles, dont je me croyais maître et qui n'ont pas su te rassurer, tous les mots que je t'ai dits, que je t'ai écrits, parfois en pleurant.
Il n'y a que les larmes qu'ils m'auront coûté qui valent quelque chose. Les mots ne valent rien. Je sais pourquoi j'ai noyé un livre que j'aimais, où j'avais écrit des mots d'amour pour une femme que pourtant j'aimais, ce soir à St Michel.
De ce billet que j'écris pour toi aujourd'hui, depuis que tu es morte Angelina - ce n'est pas ton vrai nom - rien ne vaut sauf les larmes qu'il m'aura coûté à l'écrire. Tu vaux toutes ces larmes qui coulent pour toi depuis toujours, aujourd'hui c'est la fête des morts justement, et j'espère pleurer longtemps pour toi. Et aussi longtemps me souvenir d'aimer la vie que tu aimais tant, et que tu as quittée si jeune et si seule alors que nous étions si nombreux à t'aimer. Je crois que nous sommes nombreux à pleurer parce que tu es morte.
Lecteur qui passez, pensez à elle et à ses proches qui la pleurent. Son frère qui nous a prévenus sans nous connaitre, sa soeur, ses parents, ses amis. Pensez à elle et à eux tous. Merci.
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Requête: Cette note n'accepte aucun commentaire. Merci de ne pas la commenter ailleurs non plus. Si vous connaissiez la jeune femme pour qui est écrit ce billet, je pense bien à vous et vous demande par amitié pour moi de ne pas commenter ici, de plutôt m'envoyer un mail si vous voulez me dire quelque chose. Merci.
12:46 Publié dans * Rendre Grâce | Lien permanent
lundi, 26 octobre 2009
Grève du stylo
VB en vacances quelques jours. Par ailleurs j'ai décidé (suite aux conseils avisés d'un ami que je remercie ici) de laisser Seconde vue dans l'état où il est, charge aux éditeurs à qui j'enverrai la chose de me donner envie de la reprendre en profondeur. Si ça les intéresse. Pour l'heure j'ai autre chose à foutre.
Ca s'appelle la Grève, mais pas la générale, l'autre avec les galets. Pour l'instant ca ne fait qu'une dizaine de pages mais je trouve que ces dix en valent bien 100 de seconde vue...
En tout cas VB ne m'aura pas empêché d'écrire. Et m'aura, je crois, aidé à "ouvrir le bonhomme et [me] chercher dedans"
14:03 Publié dans Lire mes ratures... | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0)
jeudi, 22 octobre 2009
Sans mentir
Au final on ne fait que redire la même chose qu'on avait dite la première fois. Et les fois suivantes. On se répète exactement. Si ce n'est qu'on cesse de faire le malin, de jouer au plus fin, de ricaner. Nulle malice à l'oeil, nul sourire en coin cette fois. On redit exxactement la même chose. Sauf qu'on chiale comme une merde. On ne ment plus, on ne triche plus, on lui vomit ses tripes à la gueule.
Lui aussi n'a plus l'air de jouer, il se noue sans qu'on puisse seulement le deviner. Ensuite quand on sortira, on ne pleurera plus, on marchera dans l'air compacté, le bide noué, buste en avant pour enfoncer l'incompréhensible résistance au devant. Notre propre résistance soudain projetée hors de notre corps et qui l'écrase du dehors.
Après ça ira mieux, on fera des choses qui trainaient en retard. Et qui nous écrasaient à la place d'autre chose. Qui reste à sortir des tripes tout à fait. Plus tard.
06:00 Publié dans Vaste monde | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0)
mercredi, 21 octobre 2009
Chocolaware
Il est d'usage de protéger les logicels par une licence (freeware, shareware etc...). On parle de cardware pour les logiciels dont l'usage exige l'envoi d'une carte postale à son concepteur. Mignon.
Le bidule servant à remplir le cahier de texte en ligne a été conçu par un bonhomme vraisemblablement gourmand, voici ses conditions d'utilisation:
Ce logiciel est diffusé dans les conditions de la licence GNU general public licence.
Vous devrez laisser le logo Cahier de textes et le nom de l'auteur sur la page d'accueil.
Vous êtes satisfaits de cette application.
La licence exclusive Chocolaware exige pour chaque utilisateur l'envoi de chocolats ou spécialité régionale à l'auteur.
Adresse d'envoi
Bob Léponge
123 Rue du Canard-sauvage
12345 Marigot
J'en connais une qui va prendre des cours de programmation...
06:09 Publié dans Informat-guique | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0)
mardi, 20 octobre 2009
Avis aux scribouillards
Flanotant sur le oueb, je suis tombé sur le site d'un éditeur du genre un poil confidentiel mais à compte d'éditeur: les éditions du Petit Pavé. C'est à partir d'un encrier tempétueux que j'ai déniché l'adresse...
Or cette toute petite maison assure que son comité de lecture lit TOUS les manuscrits envoyés, ce qui en théorie n'est pas inouï. Mais surtout traite avec sérieux les envois:
"Tous les manuscrits envoyés au Petit Pavé sont consultés, et transmis au Comité de Lecture, géré par l'association des Amis du Petit Pavé.
De ce fait un délai d'environ 3 mois est nécessaire avant toute réponse, qui se fera sous forme d'un rapport circonstancié des fiches de synthèse en signifiant les grandes lignes directrices en vue d'une amélioration de votre manuscrit." *
La mise en gras est de mon fait. J'ai pensé que ça pourrait intéresser les ceusses qui écrivent et visent peu ou prou la publication.
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Note:
* Certes le site de l'éditeur comporte quelques fautes que je me suis permis de corriger dans l'extrait copié.
21:42 Publié dans Lire mes ratures... | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0)
Merveilles
Je m'étais assis dans le sens inverse de la marche, une fois de plus. Pour voir le paysage s'estomper dans la fuite, le ronger un peu plus longtemps, toujours plus avide, sans pourtant l'entamer. Et j'avais choisi un siège double sans séparation. Ainsi que si nous étions encore côte-à-côte, si je pouvais une fois encore de ma tendresse vorace et gauche la plaquer contre la vitre.
Mais cette fois je suis seul à mon siège, un autre train l'emmène dans l'autre sens. Alors je suis contre la vitre et je regarde alentour, le paysage et les femmes du wagon. Et puis une jeune fille est montée, s'est installée sur le siège en face mais côté couloir. Très joli minois, nez long, fin, magnifique. Elle a sorti deux pelotes de laine, blanche et grise, s'est mise à tricoter, avec application et comme en rêvant.
Je buvais le prodige de ses doigts, comme un couillon de plus ignorant de cette science, elle ne me voyait pas. Puis elle a senti mon regard, sa chaleur d'étonnement, moins animale que le désir, plus subtile, mais elle l'a sentie. J'ai dit:
"Vous tricotez une écharpe?"
Elle a fait oui en souriant, avant de reprendre. Ensuite le train s'est arrêté, à St Cloud, une amie l'a rejointe, à côté de moi qui lisais Bernanos. Elles ont pépié joliment. Elles avaient 20 ans, elles étaient belles sans arrogance, sachant presque comme cette grâce est fugace et ne suffit pas.
Dès que j'ai pu, j'ai tapoté mon portable pour raconter la scène à une autre, parce que j'aurais voulu qu'elle fût là, vraiment, elle qui aime tellement être émerveillée, et qui m'émerveille tellement.
05:50 Publié dans * Rendre Grâce, @} Le Salut par les femmes, L'huile sur la barbe d'Aaron | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0)
lundi, 19 octobre 2009
Chair de brume
Je sens le monde qui s'effiloche. J'avance et le sens qui s'évanouit à mesure, comme un brouillard à l'intérieur. Quelques mots, des lectures éparses, ou le gargouillis de mon âme embryonnaire. Est-ce que cela un jour suffira? Un sol alors sera créé, sous mes pieds? Un sol retrouvé?
"Avance!", souffle l'ombre derrière moi. Elle a raison: le remords annihile jusqu'au passé. D'avancer le fait peu à peu renaître, se poursuivre jusqu'à l'énigme d'être - ici, maintenant. J'avance donc, rassemblant la boue désirée sous chacun de mes pas. Je vais creusant mon dérisoire sillon, une entaille à cette dépossession d'hier à demain.
Il m'arrive de douter, de convoiter l'ignorance même de ce vide. Je m'arrête alors, m'étends sur le sol ameubli, et m'endors le temps d'un rêve. Qui ne voudrait échapper à la nébuleuse d'antimatière de son passé, avoir enfin la paix? Mais jamais cette morsure patiente ne s'éteint, et moins je me débats plus je sens se resserrer ses lentes mâchoires.
Eh bien! Je sors de mon songe, m'étire et reprends l'absurde route, m'enfonce plus avant dans le brouillard intérieur, cette brume qui devrait être ma chair. Qui l'est peut-être...
Es-tu la blessure d'où le monde renait? Je ne sais, péniblement j'avance.
06:02 Publié dans Vide sidéral | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0)
dimanche, 18 octobre 2009
L'homme immédiat
Une humanité nouvelle se prépare, attend des romanciers pour la peindre, la prédire. Ils seront des hommes comme vous et moi et bientôt ils n'auront plus lu un livre de papier, tourné une page imprimée.
Les textes qu'ils liront prendront forme dans l'immédiateté du réseau, naitront sur circuits imprimés. L'influx sera roi.
Auront disparu le labeur d'imprimerie, la tâche par dessus la tâche et plus concrètement saisissable, pour que l'oeuvre enfin nous parvienne.
Comment sentirons-nous alors qu'un écrivain a peiné? Qu'une fatigue lourde a courbé son dos, pour que jaillisse la jubilation le long des phrases qui nous parviennent? Qu'un long travail a désobscurci la nuit pour que le jour en nous renaisse au fil des pages? Je ne sais pas.
Cette humanité de demain ne m'attire guère. L'immédiateté me répugne, hors celle qu'un patient labeur retrouve en toute chose. En l'éreintant.
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Femmes
Qu'une femme est laide, mon Dieu, quand toute autre ne lui sert qu'à se dire: je suis moins belle qu'elle, ou moins laide que telle autre...
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samedi, 17 octobre 2009
Paria
A Xavier Veilhan et la clique de ses clones,
hommage d'un artiste à un autre, en quelque sorte.
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L'époque a existé où l'artiste était un paria, rejeté par la société des hommes.
Nous en sommes loin. Les artistes, de nos jours, sont si nombreux qu'ils se regroupent en collectifs, lancent des pétition. Ils ne tarderont pas à former leur propre parti. Le PA, Parti Artiste, ça aurait diable de la gueule!
Autres temps, autres mœurs... De loisirs créatifs en atelier d'écriture, tout le monde devient artiste. Quelle joie!
Il n'est pas loin le jour où tous seront artistes. Et l'homme, le malheureux, qui n'aura d'autre ambition que d'être paisiblement un homme sera le nouveau paria.
L'homme qui ne s'avisera que d'être un homme, la femme que d'être femme. Déjà ce n'est pas rien, les vrais artistes n'ont de cesse de le dire et redire. Il faudrait pouvoir les entendre, ils savent de quoi il retourne, ayant eu à être homme ou femme avant que d'écrire, peindre, composer. Et jusque en le faisant.
Personne n'écoute. On est trop occupé, sans doute, à s'écouter soi-même. Car enfin chacun peut s'exprimer, et nul ne doit juger - jamais! Qu'on ne s'étonne pas de ne plus pouvoir s'entendre...
08:06 Publié dans Café du e-commerce | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0)






