jeudi, 19 novembre 2009
Duplice innocence
Comment ne serais-tu pas double quand ce corps où se crée l'innocence abrite les désirs qui ne s'avouent qu'à la nuit?
Comment ne serais-tu pas une quand le désir de ce corps aux moins avouables désirs enfante l'innocence?
Comment ne serais-je pas fasciné moi qui suis homme par ce mystère de chair, simple femme?
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mercredi, 18 novembre 2009
L'hygiène du beauf
(Sorte de mode d'emploi...)
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Je me souviens de cette collègue qu'ulcéraient les hommes sortant des toilettes sans se laver les mains, ou seulement d'un peu d'eau, sans savon.
Quand je vois où trainent mes mains pendant que ma bite reste sagement dans mon froc, je me dis que c'est elle que je devrais laver après avoir pissé. Ou peut-être devrais-je me laver les mains avant d'aller pisser.
N'allez pas conclure que je suis misogyne, dégoutant ou je ne sais quoi. Que je ne me lave pas les mains après avoir pissé. Ou les dents après manger. Ou que j'en fous sur la cuvette (du dentifrice). Que ça me démangeait de sortir le mot "bite". Ou carrément l'engin.
N'allez pas conclure que je suis un beauf. Le beauf alors je saurais le trouver.
En somme n'allez pas conclure.
Je parle de pissade mais c'est pour aller plus loin. Pour pisser plus loin que je ne pisse.
Ce qui n'empêche pas de prendre quelques gouttes.
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mardi, 17 novembre 2009
Mauvaise foi
"Tu sais Xavier, quand tu parles des romans de la rentrée, j'ai l'impression d'entendre une vilaine femme dénigrant la photo d'une star dans un magazine féminin...
- Possible. A la différence, Fred, que cela me permet de créer, pas de survivre dans ma médiocrité. Si ta bonne femme en dénigrant créait sa propre beauté, je l'excuserais séance tenante..."
Il s'est tû. Il devait penser que ma mauvaise foi rivalisait trop avec la leur. Je m'en fous pas mal, du moment que j'écris.
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Bribes de dialogue extraite de mon carnet. Aucun rapport avec mon état d'esprit. Si ce n'est que je n'aurais rien pu écrire sur VB aujourd'hui. Pas assez d'énergie pour plonger chercher le beau - pas le problème de le voir, simplement de le ramener à la surface du texte.
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dimanche, 15 novembre 2009
Ailleurs
Aujourd'hui c'est ailleurs qu'on peut lire ce qui s'écrit ici. Dans la mer agitée d'un autre encrier, le capitaine, Bertrand Redonnet, m'ayant permis de monter à bord au calme d'un dimanche.
C'est un autre billet pour une amie disparue. Il m'importait de l'écrire ailleurs qu'ici, justement; de m'éloigner pour mieux m'approcher des instants qu'ailleurs nous avions partagés et d'elle qui avait tant aimé cet ailleurs.
Je peux le dire très simplement: c'était une jeune femme très courageuse.
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samedi, 14 novembre 2009
Noir & Blanc
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vendredi, 13 novembre 2009
Un autre temps
Il était impensable, alors, de ne pas se déplacer d'une place jusque contre la fenêtre, pour que s'assît, sur le siège que nous occupions, la personne qui venait de monter dans le bus, le métro, le train.
Et donc c'était un autre temps.
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jeudi, 12 novembre 2009
Dans la forêt
Tu étais étendue sous la sylve, le soleil dessus brillait déjà fort et d'heure en heure se renforçait. Sa lumière restituait ton corps à sa blancheur. Que tu étais blanche! Et l'entrelacs des ramures projetait sur ta peau ses taches sombres.
Une branche a craqué sous mon pas, tu t'es redressée, inquiète, encore ensommeillée, puis tu m'as vu fendre les broussailles et tu as pris peur, nymphe des bois. Tu n'as pas crié mais tu as couru. Les branches basses gênaient ta course, un reste de tes songes ou le désir secret que je sois plus fort et que je m'empare de ton corps tout palpitant.
Tu as couru, nymphe des bois, et je courais derrière toi, tu sentais mon souffle s'approcher puis j'ai attrapé ta cheville blanche, petit animal effrayé.
Le reste appartient à la forêt.
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mardi, 10 novembre 2009
Écrire
J'avais commencé à écrire un nouveau truc, un début de roman, ça se passait chez nous, lieu natal où je ne suis pas né. Et donc j'ai filé mes feuillets à mon père, pensant - assez connement - que cela lui ferait plaisir.
Est-ce qu'il a fait des remarques sur la description, le style, quoi que ce soit de ce tonneau? Non. Il a grogné que St P** n'était pas un village mais une ville. Il était outré.
Écrire c'est ça. Se faire chier des heures et des heures devant une feuille ou un ordi. En sachant que la plupart de vos proches ne vous demanderont jamais si ça avance. Et que s'ils lisent ils se foutront bien de ce que vous avez écrit, et plus encore de comment vous l'avez écrit. Tout ce qu'ils vous demandent c'est de ne pas leur corner leurs souvenirs ou leurs rêves ou leurs mensonges.
Comme si ça pouvait être autre chose que LEUR livre, celui que vous vous faites chier à écrire. Seul.
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Ce billet n'est pas une plainte, pas même au sens psychanalytique. Un constat.
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lundi, 09 novembre 2009
Égalité remarquable
- HUGO = CITOYEN
- ZEBDA = CITOYEN
- => ZEBDA = HUGO (Quand ce n'est pas l'inverse...)
Ce petit syllogisme remplacera avantageusement mon billet du 12 octobre dernier. Notez que Zebda peut-être remplacé par tout et n'importe quoi de vaguement revendicatif. Et Hugo par Zola, ou Maupassant ou Aragon sans plus de problème. On n'est pas sectaire dans l'Éducation nationale. C'est le problème, il faudrait le devenir.
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jeudi, 05 novembre 2009
Une seule question
Pourquoi je l'aime. Vous vous en foutez sans doute, vous avez raison. La question m'intéresse assez toutefois pour que j'y consacre un billet de plus. Mais ne partez pas tout de suite, ce n'est pas une question abstraite, plutôt une question de chair, une question à tomber sur un os.
A la cinémathèque nous sommes allés voir une expo. Une expo sur les lanternes magiques, j'avais eu envie d'y aller à cause d'un billet sur un blog que j'aime beaucoup, et pour voir de belles choses, je préfère l'emmener avec moi, ajouter de la beauté à la beauté.
On entre, tout de suite c'est l'obscurité, et les projections dans tous les sens. Elle a dit: "Comme si on était à l'intérieur de la lanterne magique..." Pas le temps de penser les choses, elle les sent tout de suite. Bien, ça me dispense de faire des phrases pour démêler l'entrelacs de mes colères jusqu'au cœur de la beauté première. C'est comme si elle me rebranchait directement sur le vrai de mes sensations.
Au sol donc et sur les murs, et sur les plafonds, des petits films se projettent, tremblent et s'en vont. Puis reviennent. Les couleurs sont tendres, oui tendres comme sont nos souvenirs. Et la lumière douce, tamisée et brumeuse. Ça tremble, ça saute. On s'y croit.
Elle est toute émerveillée, à mon bras, et moi aussi. Nos yeux se démultiplient, on boit tout, les plaques, dans les vitrines sur fond noir, rétro-éclairées. Les couleurs sont superbes, pas du tout passées. Les dessins sont géniaux, fantaisistes, naïfs, salaces, insolents. Il y a les machines de ci de là, sous vitrine, elles brillent de tous leurs cuivres, et en même temps on sait qu'elles viennent de loin.
Mon Adélaïde marche à petit pas excités, dans tous les sens, je me marre intérieurement, pense aux lascars qui se sont épuisés à concevoir un parcours. Ah ah. Souvent elle s'arrête pour lire les panonceaux, elle lit vite et tout. Plus vite que moi, délicatement elle m'attend, mon bras la tient fermement, elle sent sa force et que je n'ai pas fini. Ça me va, ça me va très bien.
Elle s'arrête aussi pour me dire: "C'est merveilleux, tu trouves pas ça merveilleux?". Moi je ne suis pas un bavard. Plutôt je suis un homme bavard, mais je reste un homme. Bien sûr que c'est merveilleux, mais par pudeur, idiote sans doute, je ne dis pas. Alors je la regarde émerveillé et amusé, et quelquefois, avec une pointe de fausse exaspération qui ne la trompe pas du tout: "Mais ouiiii, c'est merveilleux...."
Tout est merveilleux, ces planches, les allées quasi désertes, le silence, les lanternes magiques revenues du XVIIIème. Et puis toute l'imagerie autour: gravures représentant les colporteurs, leur lourde lanterne au dos, on les imagine allant de bourg en bourg, gagnant leur croute en vendant une magie qui leur démontait la colonne au long des jours, dans le froid et la fatigue. On imagine les enfants d'alors, émerveillés comme plus tard le petit Marcel du Temps perdu, et plus car le colporteur passe, fend le quotidien laborieux de l'enfant des campagnes.
Il y a cette affiche, sur une fantasmagorie, terrible. Que n'ai-je noté sur mon petit carnet? Le spectacle commençait "à sept heures précises". Les fantasmagories étaient "plus étonnantes qu'effrayantes". Une chanson en vers fixes accompagnait le texte, tout un merveilleux rituel à peu près perdu.
Nous avons passés le rideau noir, vu le film horrifique. Elle a peur, sent ma force d'autant plus, effroi délicieux. Nous sommes seuls dans cette alcôve d'ombre et de lumière. Le spectacle s'arrête, une visiteuse nous chasse, comme nous avons chassé le solitaire en long manteau tout à l'heure, passé le rideau rouge, où c'était interdit aux mineurs - un ancien film érotique, qui me fit rire si fort, car je n'ai aucune tenue et surtout c'était irrésistiblement attendrissant.
Alors il y a eu la cloche qui a tinté, et la voix de la femme qui a dit: "Mesdames, messieurs, si vous voulez bien le spectacle de lanterne magique va commencer..." Ô magie!
C'était une femme d'à peu près trente ans, avec un jean pas du tout sex, un pull à rayures multicolores impossible à assortir avec quoi que ce soit, un long nez fin, des yeux noirs profonds et des cheveux très bruns, ondulants. Tout pour être magnifique en fait, mais habillée, je regrette de le dire, un peu n'importe comment. Et une façon d'être comme ça proprement irrésistible. Enfin j'étais déjà avec une femme irrésistible, une peut suffire.
On n'a pas su comment elle s'appelait, tout le monde s'est rassemblé, elle était derrière le petit bandeau qui la protégeait elle et la précieuse machine de M. Émile Reynaud, l'ancêtre du cinématographe. En fait c'était une reconstitution comme elle allait nous l'expliquer tout à l'heure.
Elle nous a parlé du bonhomme, de sa machine, de sa singularité. Elle avait des gants noirs de velours, assez érotiques dans ce tout. C'était pour effleurer d'une caresse suprêmement sensuelle la roue où passait le film, et cela projetait sur un écran peint la silouette lumineuse des baigneurs autour de la plage et de la cabine. En fonction de sa vitesse. Et la fin le bateau dont la voile se déplie pour signaler que le spectacle est terminé.
Elle est revenue vers nous, des questions? Moi j'en avais une à poser, je voulais savoir pourquoi l'inventeur avant de mourir avait tout brûlé, obligeant d'autres hommes à reconstruire ce qu'il avait inventé. Elle nous a expliqué de sa voix très douce et passionnée que le cinéma arrivait, ruinant l'invention de Reynaud. Du coup il avait tout laissé tomber, sa machine au film souple "à longueur indéfinie," son ancien "praxinoscope", tout. Pour se consacrer à un difficile projet de projection en 3D!!! Un fou, j'étais dingue de sa folie.
Mais avant que je pose cette question, avant que la dame y réponde, Adélaïde s'est "détachée" de moi, s'avançant délicatement vers la jeune femme, pour lui demander:
"Mais alors, c'est vous qui choisissez la vitesse? Chaque projection est différente?"
Quand elle a posé cette question j'ai su pourquoi je l'aimais, et la dame qui l'avait vue à mon bras m'a, j'en jurerais, jeté un regard entendu. "C'est la bonne." Oui, oui. Je sais.
Elle aussi, la dame protégée par le bandeau, passionnée par les travaux de Reynaud, qui cherche encore certaines choses qu'on ne sait pas de lui, c'est aussi une merveille de femme à mon avis. Elle a répondu qu'ils étaient deux à faire la démonstration durant l'expo et qu'ils n'avaient pas la même interprétation."
Pour ce mot d'interprétation, je serais tombé amoureux. Mais allez savoir, l'hésitation d'Adélaïde, sa petite question toute humble, pour moi tout est là, dessiné juste comme il faut. Et puis bon y a d'autres trucs. Mais j'étais surtout venu vous parler des lanternes magiques.
(Photo: Adélaïde)
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Pas le temps de relire ce soir. Ciao tout le monde et allez y si vous pouvez!!!!
'a y est, j'ai relu, corrigé... Et ajouté un lien, vers le billet et le blogue qui m'ont suggéré cette visite, ainsi qu'une très jolie photo prise par une femme au goût très sûr, avec son petit téléphone (!) portable.
21:45 Publié dans * Rendre Grâce, @} Le Salut par les femmes, L'huile sur la barbe d'Aaron | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0)
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mercredi, 04 novembre 2009
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lundi, 02 novembre 2009
Enquiller
Journée morte. Pas essayé de tuer le temps, pourtant. Essayé de faire des choses, de produire, ou je ne sais pas. Bilan: un ou deux mails, une lettre tapuscrite, un manuscrit en souffrance chez le relieur. Et rien, pas l'ombre d'un désir réellement suscité plutôt qu'attendu plus mollement encore que l'on attend les vacances.
L'impression dans le RER d'être un fantôme, mais vraiment, pas juste pour faire une comparaison. D'être vide, inexistant, une vague conscience désincarnée, si cela pouvait exister. Alors comme d'hab' je me suis tourné vers les femmes, celles du compartiment, je cherchais les plus belles du regard comme un mendiant, juste pour sentir le sang couler dans mes veines.
Il y en avait quelques unes, mais rien, il montait d'elle comme une douce pitié. Leur beauté semblait prier pour mon salut, tristement. Et rien de plus.
Après je suis allé m'échouer dans ce troquet où nous avions été, une fois, l'Estaminet. Seul. J'ai pris un thé, nous prenons toujours un thé, ou alors parfois je prends une bière, mauvais garçon. Parce que ça te plait, et que j'aime ça. Et d'ailleurs la dernière fois c'est ce qui s'est passé je crois. Tu as pris un thé et moi une bière.
Mais là, j'allais pas faire l'homme de mauvaise vie, je venais pour aucune comédie vu que je ne croyais plus à rien. la mauvaise vie tient dans un bock pour peu qu'on y croit sincèrement. C'est cela je crois l'illusion romanesque*. Mais là je n'avais pas envie, je n'avais plus d'envie, j'avais à peine un souvenir d'une envie passée, un peu loin comme une autre vie.
Et puis là d'un coup pendant que je remuais mon thé sucré, il s'est installé, cet inconnu. J'allais apprendre qu'il s'appelait Daniel, qu'il avait commencé à être instituteur à 17 ans, il parlait de ses inspections, un esprit fort. Objecteur et insolent. Le visage creusé et jeune, dur de lui donner un âge. A tel point que quand une femme les a rejoints, lui et le couple qui lui faisait face - les patrons du Maldoror - j'ai cru que c'était sa femme. Véronique, Véro, la femme de Daniel? Non c'était sa fille.
Je tenais à la vie par ce qu'il racontait, cet inconnu, Daniel. C'est lui qui m'a rendu le sourire. Rire ce serait pour plus tard. Je suis rentré chez moi ça allait un peu mieux, entre temps je l'avais eue au téléphone, j'avais souri mais elle voyait bien que c'était pas le Tanguy des grands jours, le fauve. Dans les couloirs du métro puis dans le RER je regardais les jeunes femmes appétissantes, sentant le désir renaître enfin. Un désir timide, qui choisit des jeunettes, proies faciles qu'un rien séduit, le premier tocard venu mais j'en étais à peu près là.
Et puis un ami m'a appelé, Fred et je l'ai rappelé - question de forfait. Il m'a parlé d'un bouquin, L'amour au temps du choléra de Garcia Marquez. A eux deux ils m'ont offert mon premier éclat de rire de la journée. C'est rare que je doive les compter, mes éclats de rire. Rare et très mauvais signe. Je dois être d'un naturel joyeux, je ris souvent, facilement et fort. Et là donc mon premier rire. Il était quasiment 19h, j'étais sauvé. On y prend gout, les autres ont suivi sans forcer.
J'ai mangé au Libanais, encore un peu enténébré. Mais j'étais redevenu un homme je pouvais soutenir le regard de la patronne. Rire sans faire semblant, être vivant, sentir les désirs onduler sous la peau "comme un fleuve de reptiles"*. En rentrant je pensais: "Encore une sale journée d'enquillée."
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Notes:
* Ici était une saloperie expédiée dans les limbes par un justicier épris de théâtre. Qu'il en soit remercié.
** "Comme un fleuve de reptiles" (Cortazar, dans Continuité des parcs) Il y est question, justement, de l'illusion romanesque. Et cela a quand même plus ou moins un rapport avec le désir. Comme tout lettreux je suis programmé pour toujours retomber sur mes pattes. (ou celles de la mauvaise foi)
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Lucide
"Quand il réalisa qu'écrire ne le dispensait pas de vivre, il regretta de devoir écrire."
(On peut imaginer qu'une vaisselle monumentale l'attend dans l'évier, ou une vilaine pile de copies, ou de paperasses - mais pas dans l'évier, évidemment! On peut aussi imaginer qu'il a rencart avec la femme qu'il aime. Enfin tout un tas de trucs allant du chiantissime au profondément merveilleux.)
15:57 Publié dans Vide sidéral | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0)
dimanche, 01 novembre 2009
Angelina
Quand elle se souvenait d'aimer la vie elle était belle à chanter, à peindre, à filmer. Belle à rire ou à pleurer. Aujourd'hui elle est morte. Je l'ai aimée quand elle aimait la vie, j'ai souffert quand elle cessait de l'aimer, quand elle avait peur. Elle avait raison d'avoir peur d'une certaine façon. Et d'une certaine façon j'espère qu'elle avait tort.
Elle aurait pu avoir tous les hommes, elle aurait pu m'avoir d'ailleurs. Mais elle ne voulait pas tous les hommes, elle n'en voulait qu'un et je n'ai pas été celui qu'elle voulait, celui qui aurait éteint en elle cette peur qu'elle avait, cette peur qui la rendait si effrayante et qui m'avait effrayé, cette peur qui m'avait fait partir alors que l'espoir ne m'avait pas abandonné. L'espoir de la voir sourire, se souvenir d'aimer cette vie qui allait la quitter si vite, de l'aimer avec moi.
J'ai eu peur Angelina, je te demande pardon, vraiment pardon. J'ai cru que tu pouvais me faire mal parce que j'avais mal de t'aimer sans pouvoir vaincre ton mal. A qui aurais-tu pu faire du mal? Tu avais peur et tu voulais qu'on te rassure. J'ai peur que tu n'aies quitté ceux qui tant bien que mal t'aimaient dans une solitude affreuse.
Ca me fait mal d'imaginer que tu t'es éteinte si seule parce que nous avons eu peur comme tu avais peur. Pour les autres je ne sais pas, pour moi c'est certain: j'avais peur de toi, pas seulement du mal qui te rongeait et dont - Dieu me pardonne - j'avais fini même par douter. Avant ce jour où tu m'as appelé, ce soir à St-Michel, en me disant que tu avais un cancer. Ce jour où les mensonges qui m'ont fait tenir se sont éparpillés près de la fontaine où j'allais engloutir un livre que je voulais offrir à une autre, cette autre que j'aime aujourd'hui comme je t'ai aimée.
Elle aime la vie comme tu l'aimais et me la fait aimer, vous êtes liées l'une à l'autre sans que je comprenne bien comment. Elle le sait. J'espère que tu le sais aussi, j'espère qu'il y a une autre vie où se rachète la souffrance d'ici bas car je sais que tu as souffert. Maintenant ceux qui t'aimaient souffrent et je pense à toi, à eux qui t'aiment et qui souffrent. Je pense à toute la douceur qui te semblait promise et qui ne t'a pas été donnée, que je n'ai pas su te donner. Les autres je ne sais pas, moi je te demande pardon dans ce vide que tu as lu quelquefois, ces putains de mots que je pensais invincibles, dont je me croyais maître et qui n'ont pas su te rassurer, tous les mots que je t'ai dits, que je t'ai écrits, parfois en pleurant.
Il n'y a que les larmes qu'ils m'auront coûté qui valent quelque chose. Les mots ne valent rien. Je sais pourquoi j'ai noyé un livre que j'aimais, où j'avais écrit des mots d'amour pour une femme que pourtant j'aimais, ce soir à St Michel.
De ce billet que j'écris pour toi aujourd'hui, depuis que tu es morte Angelina - ce n'est pas ton vrai nom - rien ne vaut sauf les larmes qu'il m'aura coûté à l'écrire. Tu vaux toutes ces larmes qui coulent pour toi depuis toujours, aujourd'hui c'est la fête des morts justement, et j'espère pleurer longtemps pour toi. Et aussi longtemps me souvenir d'aimer la vie que tu aimais tant, et que tu as quittée si jeune et si seule alors que nous étions si nombreux à t'aimer. Je crois que nous sommes nombreux à pleurer parce que tu es morte.
Lecteur qui passez, pensez à elle et à ses proches qui la pleurent. Son frère qui nous a prévenus sans nous connaitre, sa soeur, ses parents, ses amis. Pensez à elle et à eux tous. Merci.
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Requête: Cette note n'accepte aucun commentaire. Merci de ne pas la commenter ailleurs non plus. Si vous connaissiez la jeune femme pour qui est écrit ce billet, je pense bien à vous et vous demande par amitié pour moi de ne pas commenter ici, de plutôt m'envoyer un mail si vous voulez me dire quelque chose. Merci.
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