vendredi, 07 septembre 2007

De la lettre aux éducateurs et de la nécessité subséquente de se munir d'une bassine de taille conséquente...

Longtemps je me suis considéré comme un être faible, perclu de lâchetés. Erreur! Je me trompais lourdement sur mon compte... Jugez plutôt: j'ai entrepris de lire la "Lettre aux éducateurs" de mon prézydent adoré.
 
Dès les premières lignes je savais que j'allais lire de la merdre. Tant pis, je suis prêt à sacrifier - avec une abnégation digne de Guy Moquet ou presque - de précieuses minutes de ma belle jeunesse en fuite...
 
Bon le côté bandant de la chose tout de même, c'est que dès les premières lignes on se retrouve face à un jargon digne des IUFM les plus gnangnans, de l'ouvrage de pédagogie comme en raffole quelque moustachu prénommé Jean-Paul et qui durant la campagne n'a cessé de nous chanter sur son site bonnet d'âne les louanges du vendeur de tapis de Neuilly, inculte communiquant marketing promu par on ne sait quel miracle dernier rempart contre la barbarie et le laisser-aller soixante-huitard pourissant notre beau système scolaire...
 
Je sais ma réaction est cynique et puérile mais je n'ai vraiment pas honte. Par ailleurs je préviens déjà les critiques qui me seront faites: évidemment l'infâme mixture pondue par quelque nègre sarkozien ménage le chèvre et la choucroute sciemment. Bien entendu il ne s'agit que d'amadouer des syndicats qui même du haut de leur connerie risquent de passer outre l'effort styilistique consenti au long de cette prose indigeste.
 
Mais eh? La vie est courte et bien ennuyeuse si l'on doit tout prendre au sérieux... Alors ne nous faisons pas prier et rions de bon coeur à la lecture de ces formules creuses et pompeuses, ridicules jusqu'au tragique:
 
A l'occasion de cette rentrée scolaire, la première depuis que j'ai été élu Président de la République, je souhaite vous parler de l'avenir de nos enfants.
 
 
J'aime cet adjectif possessif délicieusement égalitariste: "nos enfants". Allons bien sûr: tes enfants brave Sarko (tu permets que je te tutoie? j'ai lu dans la presse que tu aimais mieux), tes enfants donc dis-je, reçoivent la même éducation que les gosses de banlieue! Ils ont autant besoin de tes réformes les uns que les autres et surtout en tireront le même profit! Cela tombe sous le sens...
 
 
Aider l'intelligence, la sensibilité à s'épanouir, à trouver leur chemin, quoi de plus grand et de plus beau en effet ? Mais quoi de plus difficile aussi ? Car à côté de la fierté de voir l'enfant grandir, son caractère et son jugement s'affirmer, à côté du bonheur de transmettre ce que chacun a le sentiment d'avoir de plus précieux en lui, il y a toujours cette crainte de se tromper, de brider un talent, de freiner un élan, d'être trop indulgent ou trop sévère, de ne pas comprendre ce que l'enfant porte au plus profond de lui-même, ce qu'il éprouve, ce qu'il est capable d'accomplir.
 
 
C'est beau comme du Meirieu... Avec la fraîcheur de la sincérité en moins cela va de soi. Les moustaches de l'ami JPB doivent friser.
 
Éduquer c'est chercher à concilier deux mouvements contraires : celui qui porte à aider chaque enfant à trouver sa propre voie et celui qui pousse à lui inculquer ce que soi-même on croit juste, beau et vrai.
 
 
Ah! enfin une définition claire de ce que j'essaie de faire depuis quelques années. Je vais pouvoir continuer avec bonne conscience et cela n'a pas de prix de nos jours... Merci petit Nicolas! Il faudra juste que tu nous précises ce que l'on doit croire beau et vrai outre la désormais célèbre "lettre de Guy Môquet"...
 
S'ensuit un assez long et passablement ennuyeux développement sur l'Education d'avant transmissive et brimant l'élève et celle d'aujourd'hui trop peu transmissive... Avant c'était trop maintenant c'est pas assez. Simple question d'équilibre. On se demande donc bien pourquoi il va falloir engager des réformes structurelles! Passons.
 
Je ne résiste pas au plaisir de citer ce passage laborieux et digne d'une très mauvaise dissertation de philo:
 
Jadis il y avait sans doute dans l'éducation trop de culture et pas assez de nature. Désormais il y a peut-être trop de nature et plus assez de culture. Jadis on valorisait trop la transmission du savoir et des valeurs. Désormais, au contraire, on ne la valorise plus assez.
 
 
Rousseau décidément démange notre petit grand homme et pas qu'en Afrique! Il est par ailleurs assez risible d'entendre parler de l'insuffisance de la "transmission des valeurs" dans l'EN de nos jours quand on sait à quel point le blabla citoyen ne cesse d'infecter les programmes et plus encore les pratiques. Le métissage et bla bla bla on en parle tellement que des fois il me prend des envies subites et violentes de devenir raciste. Qu'on arrête tout simplement d'en faire des caisses et qu'on se contente de rendre les élèves intelligents, ça leur passera l'envie de juger tel ou tel à sa couleur de peau. Le blabla de la tolérance les mômes en bouffent chaque jour à la télé, ça suffit non? Le jour où l'on aura compris qu'il est infiniment plus utile de développer la curiosité des mioches plutôt que de les sermonner à longueur de temps la vraie lutte contre le racisme aura fait un grand pas en avant...
 
Survient une longue énumération de poncifs en tous genres: "autorité des maîtres ébranlée", "difficulté de communication" (z'y va!), etc... Formidable. Une telle profondeur d'analyse nous manquait jusque dans le Monde de l'Education et autres débats TV sur l'Ecole. Sarko l'iconoclaste, tu parles oui, anticonformiste comme un animateur de fun(c)radio. Bon vomi.
 
C'est là qu'on commence à atteindre des sommets:
Il serait vain pourtant de chercher à ressusciter un âge d'or de l'éducation, de la culture, du savoir qui n'a jamais existé. Chaque époque suscite des attentes qui lui sont propres.
 
 
Quel courage quand même. Oser prononcer de telles platitudes! Les portes ouvertes n'ont qu'à bien se tenir... Je dis bravo! On ajouterait volontiers: "Et réciproquement." mais ce serait bien pusillanime et l'enjeu (le mot doit bien figurer dans ce pensum) nous l'interdit formellement. N'oubliez pas: je suis un "adulte référent" merdre! Mouhahaha!
  
Nous découvrons alors la pépite des pépites, tout l'annonçait et il nous tardait de la lire:
 
Ce qui nous incombe c'est de relever le défi de l'économie de la connaissance et de la révolution de l'information.
 
 
Arrêtez je jouiiiiiiiiiiiiiiiiis! Non mais là c'est vraiment trop bon. D'ailleurs tiens ce n'est pas "enjeu" mais on a au moins notre "défi". Face à une phrase comme ça j'ai envie d'être grossier, de faire une substitution vraiment bête et méchante. Alors permettez que je me fasse plaisir:
  
Ce qui nous incombe c'est de relever le défi de la sod*mie et de la révolution de l'éj&culation faciale.
 
 
Excusez-moi, c'est vraiment plus fort que moi quand je lis ce genre de formules. Adulte référent ou pas. Poursuivons après ce brève intermède franchement lamentable: 
 
Les technologies de l'information doivent être au cœur de la réflexion sur l'éducation du XXIe siècle.
 
 
Ah on y vient! Parce que j'ai failli attendre! Je me disais aussi... Alors je résume: en gros ca va pas du tout l'EN, les enfants ne savent plus lire ni compter. Alors ce qui importe par dessus tout c'est (bien sûr!) la place des technologies de l'information! La bassine est à votre entière disposition honorable lecteur.
 
S'ensuit alors un fastidieux amoncellement de lieux communs expliquant doctement qu'il faut savoir dire NON ("No is no!" ;), punir etc... Ah bon? Heureusement que tu m'écris une belle lettre vénéré prezydent sans quoi j'aurais cru qu'on devait se prosterner devant les élèves... Il se trouvera bien quelques fâcheux pour signaler que dans les collèges difficiles ce ne sont pas les sanctions qui manquent mais leur effet... Des élèves sont collés toutes l'année et s'en contrebranlent joyeusement, tout bêtement. Arrivé à un certain stade la sanction se banalise et ne veut simplement plus rien dire. C'est pourquoi je ris à pleine gorge chaque fois que j'entends un collègue débordé regretter le temps des châtiments corporels. D'une les baffes ont encore cours dans les bahuts chauds qu'on se le dise, de deux je vois mal nombre de ces collègues lever la main sur un mastard de 17 ans faisant deux têtes de plus qu'eux, de trois c'est assez évidemment la porte ouverte à la généralisation et à la radicalisation de la violence à l'Ecole (non je n'ai pas parlé d'escalade Frédéric!). Mais je m'éloigne certes de la prose humaniste de notre prézydent éclairé...
 
La suite c'est la nécessité de rétablir l'exigeance de l'enseignement... Dame oui! Je suis pour, j'applaudis des deux mains (d'une c'est moins évident). Sauf que... Sauf que ça a des conséquences très pratiques. Si on fait redoubler tous ceux qui ne devraient pas passer ça va coûter très cher et en prime ça risque de ne pas suffire.
 
Parce que figurez vous que ces collégiens ingérables en échec total on arrive à leur apprendre plein de trucs... seulement quand on les fout à 7-8 max dans un atelier relais avec un éducateur spécialisé. Mais cela coûte si cher que cet atelier relais ne durera qu'un mois. Et ensuite? Ensuite le monstre revient dans sa classe de 25. Il a toujours autant besoin d'être entouré et c'est hélas impossible. Et là en plus il sait qu'il y a peu c'était possible (on s'occupait de lui) mais il ne comprend pas trop pourquoi. Alors il devient encore plus ingérable qu'il ne l'était avant l'atelier relais. Plus agressif, plus incontrôlable, et franchement il a raison merde. La société le voue à l'échec pour des raisons purement économiques. Y a tout simplement pas à chier. Alors notre bon prézydent et son pantin de ministre de l'EN se disent que oui décidément il faut diminuer les effectifs. Lumineux. Et après ça nous parle d'exigeance. Elle est bien bonne!
 
Tenez lisez moi ça aussi:
Je souhaite que les élèves se découvrent lorsqu'ils sont à l'école et qu'ils se lèvent lorsque le professeur entre dans la classe, parce que c'est une marque de respect.

A quoi ça tient le respect quand même. Le respect n'est pas une position du corps mais un état d'esprit. Qui peut se traduire par toutes sortes de postures selon les circonstances. Si demain je bénéficie d'un respect sans faille sans avoir besoin de ces artifices que sont le lever à l'entrée en classe dame je vais me gêner pour gagner du temps. Sarko, qui n'a jamais enseigné confond le rituel et l'effet que l'on en attend. Il y a autant de manières de se faire respecter qu'il y a de profs respectés. Si les huiles ont du temps à perdre très bien mais il y a tout de même un peu plus urgent que de décreter que les élèves devront se lever. Et pour ce qui est du couvre-chef je n'ai jamais eu connaissance de quelque Réglement Intérieur qui se serait avisé de s'abstenir d'interdire les couvre-chefs non seulement en cours mais le plus souvent dans les couloirs également (et ce n'est que sur ce point que l'application est fréquemment variable).
 
Bref en quelques lettres: OSEB (on s'en branle) de ces gadgets à la con!
 
Et là tout à coup une lueur d'intelligence s'avise de poindre dans le magma fétide du pensum gaino-sarkozien:
 

Je souhaite qu'on apprenne à chacun d'entre eux à respecter le point de vue qui n'est pas le sien, la conviction qu'il ne partage pas, la croyance qui lui est étrangère, qu'on lui fasse comprendre à quel point la différence, la contradiction, la critique loin d'être des obstacles à sa liberté sont au contraire des sources d'enrichissement personnel.

Être bousculé dans ses habitudes de pensée, dans ses certitudes, être obligé d'aller vers l'autre, de s'ouvrir à ses arguments, à ses sentiments, de le prendre au sérieux est une incitation à s'interroger sur ses propres convictions, sur ses propres valeurs, à se remettre en cause, à faire un effort sur soi-même, donc à se dépasser

 

C'est sans conteste le passage le plus intelligent de ce long pensum. Dommage qu'il doive rester à l'état de profession de foi. Car hélas cela contredit légèrement le délire des "valeurs" à transmettre... Ici c'est tout le contraire, on envisagerait la fin de l'éducation citoyenne si j'ai bien compris. J'ai mal compris je pense. Mais pas grave de toute façon j'en ai jamais rien eu à foutre de votre citoyennisme à deux balles. Mais le jour où les Instructions Officielles nous demanderont d'abandonner cette tarte à la crème je serai champion olympique de lancer du marteau et en plus je pourrai viser entre les deux yeux du plus haut dignitaire présent dans la tribune officielle.

Que veut dire notre prézydent en réalité? Allons creusez vous la tête! Sarko l'iconoclaste défend l'anticonformisme: à force d'entendre ça à la TV et de le lire dans les journaux il finit par y croire le bonhomme! Mais attention: le seul anticonformisme qui soit acceptable c'est le sien hein... Ce n'est pas écrit dans ce précieux courrier pour sûr. Mais je vous le dis. Comme ça vous n'avez pas besoin d'attendre la mise en pratique: je vous fais gagner du temps. Pas la peine de me remercier ça me fait plaisir. Allez on passe à autre chose (enfant zappeur tout ça!)... Non pas vraiment car la suite précise quelque peu la pensée, du moins l'arrière-pensée sarkozyste:

C'est la raison pour laquelle nous devons conserver, même si nous devons le rénover, notre modèle d'école républicaine qui brasse toutes les origines, toutes les classes sociales, toutes les croyances, et qui s'impose de rester neutre face aux convictions religieuses, philosophiques ou politiques de chacun en les respectant toutes.

Après ça on en vient donc à la nécessité de construire une culture commune tout en ouvrant à la diversité culturelle. On en vient à la laïcité et son rapport avec les religions. D'une on voit la bible entre autres textes fondateurs en cours de Français en 6ème (et c'est le niveau choisi qui est aberrant). De deux on a bien compris que cela vise surtout d'autres religions, enfin une autre en fait. Sauf que celle-ci (l'Islam ne nous le cachons pas) est forcément abordée en Histoire (et rien n'interdit de l'aborder pour relever notamment les recoupements avec la Bible en Français.). A force de créer des problèmes avec l'Islam même quand ils ne se posent pas, faut vraiment pas s'étonner qu'il y en ait. Et si on étudiait dans une perspective littéraire l'apport de la Bible avec des élèves un peu plus matures que des gamins de 12 ans, je pense qu'on aurait un peu moins les parents (musulmans ou non d'ailleurs)  sur le dos pour nous demander "si ce n'est pas incompatible avec le principe de laïcité". Mais bon je ne suis qu'un sale anarchiste alors je ne suis pas sûr que cela convienne à Nini la terreur des bien-pensants...

Ah la cerise sur le gâtal finalement la voici (en parfaite contradiction avec ce qui était dit plus haut concernant la confrontation au point de vue de l'autre!):

Entre la conscience de l'appartenance au genre humain et la conscience d'une destinée individuelle, l'éducation doit aussi éveiller des consciences civiques, former des citoyens. Nos enfants ne seront jamais des citoyens du monde si nous ne sommes pas capables d'en faire des citoyens français et des citoyens européens
 
Un vrai festival! Ici les mots importants sont: "citoyens", "citoyens français", "citoyens européens" et l'inénarrable "citoyens du monde"! il faudrait inventer un anti-point Godwin pour ce génialissime "citoyen du monde". Le point Godwin c'est quand au cours d'une discussion un esprit échaudé récuse la position adverse en se référant au nazisme. Ici M.Sarkozy mérite un anti point Godwin de compétition pour oser proférer cette expression suprêmement ridicule: "citoyen du monde".
 
Suis-je un citoyen du monde? Voyons cela me contraint à être citoyen de République Populaire de Chine... Ennuyeux. Et citoyen Etats-unien... Problématique aussi... Alors non je ne suis pas citoyen du monde, désolé. Je ne suis même pas sûr d'être citoyen que ça... Et si mes élèves souhaitent l'être il ne me vient pas à l'idée de m'en mêler... Je suis désésperement stupide. Au point que je n'envisage pas non plus de contraindre mes élèves à adhérer aux thèses anarchistes qui m'agrèent plus que d'autres... Révoltant, n'est-il pas?
 
Dans la foulée (joggante) de l'affirmation de l'importance de la diversité culturelle (il me semble que le sème de diversité est à peu près contenu dans l'idée de culture par définition mais passons) notre phraseur se plait à entasser moult poncifs: "c'est l'école qui est le creuset", "tradition française de la pensée claire", "ce penchant si français pour la raison universelle". Un vrai feu d'artifices! Encore, encore!
 
La logorrhée s'aventure quelquefois dans les contrées incertaines du cliché journalistique au point de lorgner vers le délire le plus halluciné:
Nous sommes les héritiers de toutes les grandes civilisations qui ont contribué à la fécondation réciproque des cultures qui est en train d'engendrer la première civilisation planétaire.
 
Intergalactique même. Ah ce Guaino quel co(s)mique! L'a juste pas dû lire mes fiches méthodo pour la disserte où j'enjoignais mes drôles à éviter, autant que faire se peut, les intros commençant par l'inénarrable "de tous temps (les philosophes)"...En effet nous lisons les yeux tout esbaudis que:
De tout temps la France a placé l'universalisme au cœur de sa pensée et de ses valeurs. De tout temps, la France s'est regardée comme l'héritière de toutes les cultures qui dans le monde ont apporté leur contribution à l'idée d'humanité.
 
Mazette à ce tarif je peux refiler à mon vénéré prézydent deux ou trois nègres par classe de 2nde minimum! Dès fois qu'il userait Guaino un peu trop vite. L'auteur nous cause ensuite de culture générale pour mieux préparer le retour de la bivalence comme je l'ai (finement) analysé dans une précédente (et fort brillante) note. Je n'y reviens pas si ce n'est en guise de clin d'oeil à l'ami Artemus:
 
Mais je crois que l'interdisciplinarité doit trouver sa place très tôt dans notre enseignement parce que l'avenir est au métissage des savoirs, des cultures, des points de vue.
 
 
Eh oui, il est partout ce fameux métissage avancé comme une valeur et surtout employé à tort et à travers. On ne sait s'il faut en rire ou en pleurer... L'idée que mélanger deux choses est forcément une avancée prête à sourire: j'aime le café, j'aime aussi le thé... Je vais donc adorer le thé au café? Et je ne parle pas même du mélange d'un met délicat avec un aliment de la finesse d'un burger. Ce sont pourtant de parfaits exemples de métissages.  Dans le domaine des savoirs je ne crois pas avoir connaissance de rien de plus ridicule pour les lettres que le "métissage" ayant consisté à adopter le jargon scientifique à tort et à travers pour exprimer des idées philosophiques le plus souvent creuses (Vialatte ne s'est pas gêné pour railler "le progrés scalaire [des] connaissances" évoqué par Jankélévitch...)
 
Au chapitre des clichés débilitants la fête du slip continue un peu plus loin:
A l'époque de la vidéo, du portable, d'internet, de la communication immédiate, nos enfants n'ont pas moins besoin de culture générale mais davantage. Ils ont davantage besoin de capacités d'analyse, d'esprit critique, de repères.
 
Je ne sais pas vraiment de quoi nos enfants ont besoin, mais assurément notre complexe et complexé président adepte de la droite décomplexée a lui bien besoin d'une plume un peu moins ridicule, parce qu'en la circonstance j'imagine qu'une plume de paôn dans le c*l serait encore nettement moins humiliante...
 
Après ces développements laborieux sur la culture Gé la prose pompeuse de la lettre amorce une réorientation toute en finesse... Observez plutôt, le propos se veut humaniste:
A rebours de nos traditions intellectuelles, la culture humaniste s'étiole et la culture scientifique régresse. Il nous faut nous battre sur les deux fronts, donner tôt aux enfants le goût de la lecture, de l'Art et de la science. [...] Je suis convaincu que de cette façon [en impliquant l'élève] on intéressera davantage un plus grand nombre d'enfants et que l'échec scolaire s'en trouvera réduit. Cela vaut pour les sciences, comme pour les humanités ou pour les arts.

 

Ah l'humaniste que voilà (les humanités et les arts, c'est différent passons?)... Ah mais tiens donc j'ai coupé la citation trop tôt, attendez je complète avec ce qui suit immédiatement:

"... Pour que le savoir devienne plus vivant, plus concret, il faut ouvrir davantage le monde de l'éducation sur les autres mondes, ceux de la culture, de l'art, de la recherche, de la technique et, bien sûr, sur le monde de l'entreprise qui sera celui dans lequel la plupart de nos enfants vivront un jour leur vie d'adulte." (ah ce "et, bien sûr", ne vaut il pas son pesant de cacahouètes? J'en raffole - des cacahouète égaleemnt d'ailleurs)

 

Intéressante articulation du discours. On part de l'humanisme et voilà qu'on débouche très naturellement sur le monde de l'entreprise qui est décidément petit mais qui néanmoins pointe forcément le bout de son nez dès lors que l'on parle d'Education. Allez comprendre! Pour moi c'est tout simplement miraculeux.

Bon y aura bien quelque crétins UMP pour me parler de Léonard de Vinci, de la technique à la Renaissance, etc... Okay, j'ai pas vu ton docu sur Arte mais tu ne m'apprends rien Dugland. Mais de quoi parle-t-on bordel? L'entreprise va expliquer ses techniques dans une perspective humaniste ou former et recruter des ouvriers? Faut arrêter de se moquer du monde. Que vient foutre l'entreprise dans l'école? Je veux dire même dans la filière pro il s'agit de leur donner une formation technique certes, mais justement, idéalement, elle devrait être indépendante des entreprises particulières... C'est quoi ce merdier??? Bien sûr je sais comment marchent les ateliers en Lycée Pro, en cheville avec des marques pour avoir du matériel récent régulièrement... Soit mais ce sont là des arrangements pratiques que l'on tolère, en aucun cas un comportement éthique qui devrait être présenté comme exemplaire ou idéal.

Notre président si peu réputé pour son libéralisme continue donc son petit couplet "entrepreneurial":

Il faut que nos enfants rencontrent des écrivains, des artistes, des chercheurs, des artisans, des ingénieurs, des entrepreneurs qui leur feront partager leur amour de la beauté, de la vérité, de la découverte, de la création. Des liens doivent être tissés entre les institutions culturelles, les centres de recherche, le monde de l'édition, des entreprises et les écoles, les collèges, les lycées.

 

On y va donc gaiement: vas-y que je te mets dans un même sac l'artiste (ou supposé tel) et l'entrepreneur... Normal. A priori l'art n'est pas censé n'être qu'une source de revenus (ou de capital), il me semblait que ce fut le cas de l'entreprise. Il ne s'agit certes pas d'établir une hiérarchie, simplement de ne pas additionner carottes et patates... Que l'on veuille ouvrir les enfants au monde de l'entreprise dans une perspective liée à l'orientation, je n'y vois pas d'inconvénients (au contraire). Mais le rapport avec l'humanisme lui me semble tout de même relativement ténu. A moins qu'il ne s'agisse d'acquérir un savoir encyclopédique sur les différents métiers (on se réclamerait alors plutôt des Lumières que de l'humanisme mais glissons). Est-ce la prétention de notre prézydent??? Parce qu'il faut aussi leur apprendre à lire, écrire, compter, réfléchir etc... Et puis bon même ceux qui deviendront fonctionnaires (les moutons noirs), il me semble que généralement ils auront avant cette déchéance expérimenté quelques boulots d'été qui élargiront un peu l'horizon de médiocrité que leur offre la Fonction Publique...

Et puisque l'homme de goût qui préside aux destinées de la France se réclame de l'humanisme je ne puis m'empêcher de faire mon prof en rappelant l'étymolgie du mot étude: "studium,ii, n" désigne l'étude et s'apparente donc au fameux  "otium,ii,n" (devenu le loisir) qui s'oppose au "negotium,ii,n" désignant précisément les affaires, le travail... Autant dire que l'école et l'entreprise n'ont pas franchement vocation à être liées dans une perspective humaniste...

Je n'adhère pas et n'adhérerai jamais à cette vision bêtement utilitariste de l'école qui semble trouver grâce auprès de la sarkozie, pour le coup je conçois la crainte des crypto-communistes et autres trotskistes de LCR and co redoutant une école déstinée à formater des travailleurs dociles et décérébrés (mais en va-t-il autrement? de nos jours, c'était déjà la thèse de A. Tizon et B. Lonchampt dans "Votre révolution n'est pas la mienne" en 1999...)... En tout cas Sarko peut tenir ce discours sans crainte: nombre de collègues trouvent très naturel de cantonner l'éducation à la formation professionnelle. Oui même chez les profs de Lettres: "qu'est-ce qu'ils en ont à foutre de Maupassant, pour leur BEP?". Que répondre à cela? Un coup de tête! Mais reprenons le fil de notre lecture méthodique pardon analytique....

Après tout je vois le mal où il n'est pas puisqu'aussi bien poursuit M.Sarkozy dans sa missive:
Nos enfants ne seront pas tous musiciens, poètes, scientifiques, ingénieurs ou artisans dans les métiers d'art. Mais à l'enfant qui ne sera jamais musicien, il ne faut pas renoncer à donner le goût de la musique. A l'enfant qui ne sera jamais poète, l'amour de la poésie. A l'enfant qui ne sera jamais chercheur, le goût de la rigueur scientifique et la passion de chercher. A l'enfant qui ne sera jamais artisan, l'amour du travail bien fait, du beau geste, de la technique accomplie.
 
Dont acte quoiqu'ait pu dire sur l'inintérêt pour un guichetier de La Princesse de Clèves quelque candidat ayant depuis réalisé son rêve d'enfant (lequel n'était pas de devenir astronaute, quand on vous dit que l'homme est iconoclaste: tout petit déjà!)...
 
Bien sûr notre jogger d'attaque (navale) ne manque pas de nous sortir son ode au sport.. Je vous passe ça... "Le corps et l'esprit" , le yin et le yang? Qu'est ce qu'on s'emmerde surtout! Mais oui c'est mieux d'être en forme que malade, d'accord papa Nico!  Et promis demain j'arrête de fumer, boire, baiser, bref tout ce qui est mauvais pour la santé...
 
Plus de sport donc et dans le même temps moins d'heures de cours. Ben oui forcément vu qu'on a supprimé masse de postes faut bien payer la note à la fin les enfants. Et comme on plus on va vous faire jouer au ballon... J'en vois qui tiquent, qu'ils se rassurent, écoutez notre pédagogue en chef:

Comprenez-moi bien, il ne s'agit pas dans mon esprit d'alourdir encore les horaires d'enseignement qui sont déjà trop lourds. Il ne s'agit pas d'ajouter encore des enseignements nouveaux à une liste déjà trop longue. Dans mon esprit, il s'agit au contraire, de redonner à nos enfants le temps de vivre, de respirer, d'assimiler ce qui leur est enseigné.

 

Bref tout à l'heure fallait être plus exigeant avec ces sales moutards. Maintenant on va les laisser respirer un peu. Si vous vous y retrouvez là-dedans évitez la filière scientifique. Evitez les études même. Evitez tout. Et surtout évitez de m'expliquer et aussi de revenir. 

D'autres ont du mal à éviter la langue de bois tout iconoclastes qu'ils se prétendent: 

Ce qu'il nous faut retrouver, c'est la cohérence du projet éducatif. Elle passe naturellement par la remise à plat des rythmes et des programmes scolaires qui est devenue nécessaire après des décennies où l'école s'est trouvée confrontée à une masse croissante d'exigences contradictoires et à des tensions et des attentes de plus en plus fortes au fur et à mesure que la cohésion sociale devenait plus fragile.
 
Sûr que le mot "social" manquait gravement à l'appel. Tout ce qu'on comprend à la lecture de ce charabias c'est qu'on va te remettre à plat le ryhme de l'école nom de dieu. Ca tombe bien les audits sur la grille horaire du collège et lycée préconisaient justement ce genre de choses. Et vous savez quoi? C'est le Ministère de l'Education Nationale qui les avait demandés ces fichus audits. Le monde est petit hein? Alors bye bye les options: le latin, le grec, mais à quoi ça sert bordel? A rien, demandez à qui vous voulez durant l'université d'été du MEDEF. Ils vous le diront. Et ils le savent bien ces gens là puisqu'ils en ont bouffé étant jeunes... Merveilleux.
 
Niveau langue de bois la suite ne manque pas de saveur:
 
Retrouver une cohérence à l'intérieur de chaque discipline, mais aussi entre les discipline et avec les attentes de la société, retrouver un fil directeur dans l'éducation, lui fixer des principes, des objectifs, des critères simples. Voilà ce que nous avons d'abord à faire. En même temps, il nous faut élever le niveau d'exigence, non pas en quantité mais en qualité.
 
Des "principes", des "objectifs". Mais oui, on gérerait ça comme une entreprise. Est-ce que l'objectif de la bête n'est pas franchement évident et pour tout vous dire bêtement contenu dans ce putain de mot EDUCATION???? Faut croire que non. Et cette simplicité sans cesse à la bouche, viens voir dans nos classes de collège comment c'est simple d'apprendre quoique ce soit en classe entière à un mioche qui a vu son père se faire exploser la cervelle sous ses yeux deux ans plus tôt. Viens donc nous expliquer que c'est simple de s'occuper tout le temps de lui parce qu'il le faut tandis que les 24 autres élèves s'impatientent vaguement. Viens mon gros, je t'attends avec ta simplicité de merdre. Je sais que t'aimes bien le sensationnel alors j'ai choisi ça mais tu peux simplement aller voir dans quelles conditions bossent nos élèves des quartiers et scandalise-toi qu'ils n'aient pas atteint tes objectifs faute de travail. Je crois bien que t'auras du monde en salle des profs pour reprendre ta complainte.
 
Alors c'est quoi ta solution miracle?
Au lieu de mettre en place une sélection brutale à l'entrée de l'université qui serait une solution malthusienne, il nous faut élever progressivement le niveau d'exigence à l'école primaire, puis au collège et au lycée. Nul ne doit entrer en 6e s'il n'a pas fait la preuve qu'il était capable de suivre l'enseignement du collège. Nul ne doit entrer en seconde s'il n'a pas fait la preuve qu'il était capable de suivre l'enseignement du lycée et le baccalauréat doit prouver la capacité à suivre un enseignement supérieur. Ce sera un long travail qui ira de la reconstruction de l'école primaire à celle du lycée. Mais il est vital pour l'avenir de notre jeunesse et donc de notre pays.
 
Ah oui la sélection. Pourquoi pas, mais que fait-on de ceux qui sont du mauvais côté de la barrière? Parce que figure-toi mon couillu (c'est affecteux) que cette sélection existe déjà. C'est la selection de l'échec, ça consiste à faire passer des élèves n'ayant pas le niveau parce que de toute façon redoubler cette classe n'y fera rien, ça ne suffira pas: il a trop de lacunes. Alors on le fait passer et pourquoi? Mais pour s'en débarasser le plus vite possible pardi, pour qu'il n'empeste le collège avec son comportement perturbateur qu'un minimum de temps. Car plus le temps passe et plus ils deviennent agressifs ces fameux élèves en difficultés très perturbateurs... Mais honnêtement passer des heures et des heures à ne rien comprendre le cul sur une chaise, c'est légèrement intenable, et c'est précisément ce qu'ils vivent ces affreux. Alors c'est ça qui se passe: les établissements difficiles en sont là, à sauver leur peau tant bien que mal sans se soucier trop du sort des élèves. La sélection c'est qu'ils ressortent bien cabossés du collège unique et ne font pas grand chose après. Et ça n'attend absolument pas la "sélection malthusienne de l'Université".
 
Je vois déjà les "Jeunes Pop" en goguette bicher dans leur coin: ah alors notre Nicolas (d'amour) a raison faut en finir avec le collège unique? T'as tout compris mon con. Sauf qu'on a du mal à voir ce qui est proposé pour ceux qui n'y seront plus dans le collège unique: on les parque à part, d'accord et après? Quels profs pour s'occuper d'eux? Les 11000 profs dont les postes ont disparu??? Ah mais non, les heures sup des profs restants, voilà qui va s'occuper de ces élèves en difficulté! En gros les vautours et les fumistes qui se foutent bien de faire réussir leurs élèves pourront engranger les heures sup au détriment de leurs heures de préparation... Quand on vous dit qu'on vise la réussite des élèves avant tout!
 
Et voyez:
Dans l'école de demain vous serez mieux rémunérés, mieux considérés et à rebours de l'égalitarisme qui a trop longtemps prévalu, vous gagnerez plus, vous progresserez plus rapidement si vous choisissez de travailler et de vous investir davantage.
 
Parce que voyez-vous le prestige de l'enseignant se lit sur sa feuille de paie... Si tu gagnes pas t'es de la merde. C'est simple quand même le monde selon Sarko. Donc tu vas bosser un peu plus et on va te payer plus aussi mon gars et du coup les gens cesseront de te prendre pour un branleur. Ils te prendront pour un branleur trop bien payé. Mais c'est 'achment mieux tu verras. Au passage, personellement je n'ai jamais expérimenté le peu de considération envers les enseignants dans mes nombreux contacts avec les parents d'élèves mais passons...
 
Ce qui est sûr c'est que cette mesure là ("revalorisation" via les heures sup), elle va être bien accueillie et permettra de faire passer bien des pillules amères. Ca va t'endormir syndicats et profs d'un coup d'aile. Je me marre d'avance. Mais n'oubliez pas les petits: ces heures sup c'est de la préparation en moins et du côté du Ministère c'est surtout des postes en moins. Niam, niam!
 
Après quoi notre bon maître plein de compassion se tourne vers les collègues "fatigués" après de longues années d'exercice. il leur promet une reconversion "easy" et leur fait un gros bisou. C'est l'instant émotion. Juste avant le lever de rideau.
 
Ah ben puisqu'on est bien émus la lettre prend un tour taquin, appréciez: 
Je souhaite faire de la revalorisation du métier d'enseignant l'une des priorités de mon quinquennat parce qu'elle est le corollaire de la rénovation de l'école et de la refondation de notre éducation. Mais vous devez, vous le professeur, l'enseignant, comme les parents, vous montrer exemplaire. Exemplaire par votre comportement, par votre tenue, par votre rigueur, par votre esprit de justice, par votre implication.
 
Ca ressemble à une réprimande, ça a le goût d'une réprimande. Normalement c'est un Inspecteur qui nous fait ça après avoir inspecté un de nos cours. C'est pas agréable mais il est quand même bien placé a priori. Mais là non: la rentrée n'a pas encore commencé, et notre gentil Prézydent n'a assisté à aucun de nos cours! Et ça ne l'empêche absolument pas de nous sermonner! Amusant hein? D'ailleurs j'aime beacoup l'allusion à la tenue débraillée des vilains gauchos barbus soixante-huitards. Venant d'un prézydent qui s'exhibe en short si complaisamment cela ne manque pas de sel! Je crois qu'on a encore droit au jean's. Mais je suis pas sûr, je vais demander quelques précisions à M. Martinon... Oh mais attendez ce n'est pas fini: 
Exemplaire aussi par votre capacité à faire prévaloir l'autorité du maître, par votre souci de récompenser le mérite et de sanctionner la faute.
 
Ah ben oui alors. C'est marrant mais là dans le courrier du chef il n'est plus du tout question de "recycler" les profs dépassés... Une sorte de sélection naturelle sauf que j'ignore où vont les rebuts... Pas bien grave. Elargissons: quand un flic se fera abattre ou tabasser par les délinquants qu'il est censé appréhender on fera quoi? Je préconise une réprimande pour n'avoir pas bien su faire prévaloir l'autorité du représentant de la Loi... Mais avec la compassion du chef de l'Etat ça passera comme une lettre à la poste (jamaïcaine)...
Dans l'école que j'appelle de mes vœux où la priorité sera accordée à la qualité sur la quantité, où il y aura moins d'heures de cours, où les moyens seront mieux employés parce que l'autonomie permettra de les gérer davantage selon les besoins (...)
 
L'autonomie, cette fameuse fumeuse tarte à la crème, elle m'avait manqué celle-là. Putain mais quelle idée lumineuse: donner encore plus de pouvoirs aux chefs d'établissements qui une fois sur trois se comportent déjà en petits chefaillons avec d'autant plus d'intransigeance qu'ils sont moins compétents. Et quand on sait la désastre que peut représenter pour un collège une direction calamiteuse, franchement on en revient de cette autonomie à la mords-moi-le-noeud (neoil)
les enseignants, les professeurs seront moins nombreux. Mais ce sera la conséquence de la réforme de l'école et non le but de celle-ci.
 
Mouhahaha! Alors je récapitule: on supprime 11000 postes et ensuite on prépare une consultation sur l'école (la énième) pour décider - ensemble bien sûr - des réformes. Mais contrairement aux apparences ce sont bien les suppressions de postes qui résulteront d'une réforme qui n'aura pas encore été décidée!!! Y a-t-il un logicien dans la salle? Dans le pays? C'est tout simplement retour vers le futur ou twilight zone façon Sarko. On ne rit pas. Non, on se frotte les yeux ou le cul qui doit être un peu irrité...
Et, je m'y engage, les moyens qui seront ainsi dégagés seront réinvestis dans l'éducation et dans la revalorisation des carrières. Il s'agit d'être plus efficace, non de rationner
 
Elle est où l'urgence bordel de merde? Faut redresser l'école ou soigner notre porte monnaie? Okay on a fait des études et passé un concours difficile. En attendant on ne vit pas royalement (sans jeu de mots) mais on vit quand même correctement pendant que d'autres se bouffent le smig en CDD... Et nos élèves ça leur changera quoi qu'on gagne 100€ de plus par mois? C'est pas eux la priorité? Mais non tout ce beau monde va se baffrer d'heures sup (défiscalisées) et personne ne se demandera ce qui aurait pu être fait pour les élèves avec des postes. Et je dis se "baffrer" mais faut voir hein: parce que les heures sup elles tombent au compte-goutte. Les rectorats tirent les pieds et grugent à mort depuis toujours et ça n'a pas l'air de devoir changer... C'est qui qui va se frotter les mimines? Mystère de l'Education... (très mauvais jeu de mots, il est tard!)
 
Et il s'agit d'être efficace non seulement pour atteindre un objectif économique, non seulement pour que demain notre économie dispose d'une main d'œuvre bien formée, mais aussi, et peut être surtout, pour que nos enfants soient porteurs de valeurs de civilisation, pour qu'une certaine idée de la civilisation continue de vivre en eux.
 
Ah ça va mieux en le disant hein le décomplexé du libéralisme? T'as raison petiot: y a pas mal de gauchos qui ne l'auraient pas compris entre tes lignes. Là c'est clair pour eux comme ça l'est pour moi. D'ici qu'on se fasse des bisous eux et mézigue t'en seras au moins à ton second quinquennat par contre. Et j'aime mieux pas trop savoir dans quel état sera l'Ecole. 
 
Allez on boucle ça (il est temps bordel): 
Chacun d'entre vous, je le sais, mesure l'importance du défi que nous avons à relever. Chacun d'entre vous comprend que la révolution du savoir qui s'accomplit sous nos yeux ne nous laisse plus le temps pour repenser le sens même du mot éducation.
 
"Révolution du savoir" tu parles d'or! Thalès ne sera jamais plus comme avant après Sarko! Mais tout s'explique: on a pas le temps de réflechir, il faut agir. Déjà entendu ça quelque part (un conducteur de F1 je crois de l'écurie Fillonrrari). Là ça me fait d'autant plus rire que dans une semaine ou deux notre bon ministre et son marionnettiste vont nous vendre sur les ondes une méga consultation sur l'Ecole, le genre de truc qui traine en longueur et accouche soit d'une souris, soit de la montagne décidée de longtemps par nos géniaux gouvernants... En attendant, même si c'est mal d'attendre, écoutez la bonne parole:
 
Le temps de la refondation est venu. C'est à cette refondation que je vous invite. Nous la conduirons ensemble. Nous avons déjà trop tardé.
 
 
"Ensemble", "refondation", "inviter". J'aime. "Nous avons déjà trop tardé". J'aime plus encore. C'est magnifique, vraiment. Et ce "nous" de communion qui nous réunit dans une même tâche d'éducation, comment dire? C'est fantasmique.
 
Nicolaaaaaaaaaaaaaaas! Tu as sauvé l'école!
 
Je vous le dis: "le bien de tous! le bien de tous!" (Allez, voyez Hot Fuzz si ce n'est déjà fait, vous ne le regretterez pas, si vous en êtes à ce niveau de lecture vous avez bien mérité un conseil cinéphile gratis!)
 
 
Post-Scriptum:
 
D'aucuns trouveront que ce billet emploie un ton quelque peu cavalier qui ne sied pas à un texte s'adressant au chef de l'Etat. Oui oui je le tutoie quelquefois virtuellement, c'est très mal. Mais NS aime le tutoiement paraît-il, je l'ai lu dans la presse. Et puis il le dit lui même: il faut du respect à tous les niveaux dans notre société. Et j'approuve!
 
La lettre aux éducateurs en effet me manque de respect, gravement. Elle m'assène des évidences dont je n'ai que faire, me bassine avec des lieux communs qui sont rigoureusement une insulte à mon intelligence. Je réponds à mon prézydent avec autant d'irrespect, mais bien plus de franchise. Et cela déjà, est une marque de respect que j'accorde pour tout dire grâcieusement.
 
Si cette explication ne vous convient pas ce lien citoyen devrait vous être de quelque utilité...

Commentaires

Hum c'est encore plus long que la lettre de l'autre keke, sans doute. La différence c'est que je me suis un petit peu amusé en rédigeant mon pavé... ;)

Ecrit par : Tang | vendredi, 07 septembre 2007

plus c'est long...

Ecrit par : Anita | samedi, 08 septembre 2007

Moins on le lit? Lol.
A+ drolesse bon we!
Tang, nerdzant sur pda à l'arret de bus, après avoir ubermerdé sa rentrée...
Bises

Ecrit par : Tang | samedi, 08 septembre 2007

Non, je n'ai pas tout lu (voir la colonne de droite : je suis la reine des feignantes avé l'assent), mais j'ai parcouru. Nous, qui appartenons à la plèbe primaire du primaire, n'avons pas eu le bonheur d'être touchés par la prose présidentielle. Alleluia. Et pourtant paraîtrait qu'on parle de nous : "Ce sera un long travail qui ira de la reconstruction de l'école primaire à celle du lycée."

Avec le bétail je retourne savourer un de mes derniers mercredis chômés (sûre qu'on va bientôt nous parler des fameux orphelins du mercredi, comme de ceux de 16h mais ceux-là on les (di)gère déjà) ...

Ave Nicolar, morituri te turlutant (j'm'excuse pour les fôtes, j'ai pas fait latin, j'ai fait que grec ... et pis mes élèves i'mesurent pas plus d'1 m 40, et pis l'école c'est qu'une garderie alors de quoi j'me mêle)

Ecrit par : Alayaya | mercredi, 12 septembre 2007

Héhéhé
enfin UN qui a tout lu
Merki pour l'explication de texte et le sourire au matin pâle!!!!

Ecrit par : PBE | jeudi, 13 septembre 2007

Fais tourner, fais tourner !
fais tourner ton "commentaire linéaire" la lettre aux éducs de sa mère en salle des profs. Va zy qu'on en discute !
Va zy qu'ça va baver grave en salle des profs...

Quelques critiques tout de même :

Surla forme d'abord.
Huit mètres de déroulement auront suffi à venir(presque) à bout de ton roman. Mon fil de souris était tout juste assez long. A la fin, j'avais un peu de mal à lire...j'avoue, ouaich, c'est vrai en fait, m'sieur, je l'ai pas lu... Qu'est-ce que je voudrai entendre cette phrase en classe, rien qu'une fois!!!

Je commence à délirer... j'ai tous les syndrômes du mauvais élève : manque de concentration, on ne parvient jamais à la fin de la tâche, on s'agite, on s'amuse.
A propos, voila ce que propose sarko à ce problème, qui est le principal en établissement difficile et/ou en classes nombreuses: "il faut donner à ces élèves une bonne leçon d'autorité"
Ilne parle pas beaucoup, non plus, de la place du prof au sein de l'établissement. Est-il toujours enseignant, dans une classe avec les élèves ? Assure-t-il une permanence au CDI ou en permanence aussi ?


Sur le fond.
J'adhère pas mal à ton propos.
Je sais pas si tu acceptes que je te tutoies ; je n'ai pas lu dans la presse ce que tu préférais.Tu connais le métier; tu le vis en tout cas. Et pas lui. C'est dans les quelques bribes de réformes masquées qu'on peut le remarquer. Tes citations et analyses sont justes mais une a retenu mon attention : tu refuses cette appellation de "citoyen du monde". Est-ce parce que son emploi dans un disours de sarko est forcément démago (je sais toujours pas ce que ça veut dire. Oh, nan! le cancre est de retour....) ou parce qu'il est associé à citoyen Français et Européen ou est-ce parceque tu es anar ?

Pour ma part, je pense que citoyen du monde est la seule appellation valable pour qualifier chaque être humain sur cette terre. Ca nous donne d'ailleurs l'illusion qu'une anarchie mondiale serait possible, régie par des lois simples et universelles afin de rétablir une égalité qui n'a jamais existé. C'est mon illusion : avoir des libertés dans un monde de droit simple et intelligible pour chaque homme, libre d'explorer et de s'approprier ce qui lui appartient, la terre et ses occupants.

à bon entendeur salut !

Ecrit par : janus | mercredi, 17 octobre 2007

Bonjour Janus,
Bien ma foi je te remercie pour ton obstination et ta réaction. Disons que je ne me sens pas "citoyen" du monde pour deux raisons:
- d'abord je ne me sens pas d'attache pour des coins où je n'ai jamais été, vécu etc... Que ce soit en France ou dans le monde. Ce qui ne veut pas dire que je ne puisse m'attacher à quelque parcelle que ce soit d'ailleurs...
- ensuite le citoyennisme d'ici ou d'ailleurs n'ets pas ma tasse de thé... Le terme peut désigner au choix une foule de moutons de plein gré de nos démocraties ou de pauvres hères maintenus en esclavage par quelque tyrannie qiu se prétend démocrate (Iran, chine etc...)
- enfin le terme "citoyen" du monde est assez galvaudé et je ne me sens guère de convergence avec la plupart des "gentils" qui s'en réclament avec leur Tshirt multicolore en guise d'étendard à ce slogan fièrement arboré sur un vêtement ar ailleurs sans doute confectionné en Chine par quelques esclaves modernes et prépubères...

Voilà pour cette expression, j'espère ne pas vous choquer mais bon au pire je m'en remttrai et vous aussi! ;)
A bientôt peut être...

PS: Etrange que vous tombiez sur ce billet maintenant... il ne date pas d'hier...

Ecrit par : Tang | jeudi, 18 octobre 2007

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