jeudi, 24 janvier 2008
Dissection de la mauvaise foi du taulier
Il me paraît intéressant de faire un petit mea culpa en révélant la part de mauvaise foi à l'oeuvre dans mon récent brûlot anti-stalker. Non que sur le fond mes critiques fussent absolument gratuites loin de là, mais je ne peux pas dire que je n'ai pas ici ou là forcé le trait, et surtout masqué quelques points de rencontre.
Première traîtrise, la citation choisie en exergue de ma dissection, un vers de Lautréamont. Je n'ai pas tiré la citation de l'ouvrage en question que je n'ai pas l'heur d'avoir lu. En réalité j'ai piqué la citation sur un commentaire du Transhumain dans un des billets polémiques de son blogue. Le monde est petit et la rigueur sur ce coup ne m'a pas étouffé puisque je n'ai pas vérifié la référence. Ca n'a l'air de rien, mais chambrer dans la foulée Asensio sur ses exergues alors que le mien est plus qu'à la limite du foutage de gueule n'est pas très reluisant.
Néanmoins le plus gros point de tension de mon argumentaire concerne justement le fond d'un des exergues asensieques, précisément celui citant Hugo sur la critique. Citons-le à nouveau pour mémoire:
«Il y a des gens qui font la critique de l’Himalaya caillou par caillou. L’Etna flamboie et bave, jette dehors sa lueur, sa colère, sa lave et sa cendre; ils prennent un trébuchet, et pèsent cette cendre pincée par pincée [...].»
Victor Hugo, William Shakespeare.
Certes cette citation permet de désactiver préventivement les critiques telles que la mienne, ce que je n'ai pas manqué de relever. Néanmoins je dois reconnaître que je souscris pour une large part à la pensée hugolienne (une fois n'est pas coutume). Et en même temps je défends sincèrement le principe d'une critique "pointilliste", voire vétilleuse.
Un personne que je connais s'extasiait sur cette citation sans doute approximative dont je ne parviens pas à retrouver la référence (je crois me souvenir qu'il l'attribuait à Aristote): "***Toute chose est à la fois elle-même et son contraire, et cette contradiction la force à devenir autre chose.***" (à prendre avec une pince-monseigneur)
Cela sent son sophisme à plein nez, certes. Et je ne suis pas sûr que l'intéressé voyait bien le sens profond de cette maxime. Quoiqu'il en soit je trouve que cela s'applique assez à la question de la critique qui nous préoccupe.
Car certes une critique "de belle ampleur" se doit de considérer l'œuvre critiquée dans sa totalité, le sens même fragmentaire d'une œuvre peut-il se concevoir autrement que dans sa totalité? En cela je souscris sans ménagement au jugement du père Totor. Mais dans le même temps il me semble important que la critique n'hésite pas à pinailler, à chercher la petite bête, à ne pas sacrifier les scories d'une œuvre sur l'autel de sa puissance enveloppante.
Et pourquoi? Tout simplement par respect pour cette œuvre et pour son auteur. L'indulgence est une marque d'irrespect. C'est pourquoi il me semble important de ne pas hésiter à reprendre un interlocuteur écorchant la langue si cela ne relève certes pas de carences tragiquement irrécupérables. Car contrairement aux apparences c'est dans le silence qu'alors se cache le mépris, pas dans le pinaillage universellement consacré ridicule par les contemporains.
Il en va de même je pense de la critique d'une œuvre, qui doit procéder d'un double mouvement à la fois ample, généreux (la totalité) et cependant minutieux, pinailleur (le fragment).
Il est clair que ma dissection n'a retenu qu'un de ces mouvements, celui qui était à ma portée. Ce parti pris, en partie assumé, n'aurait pas dû taire l'importance de ce que j'avais choisi d'occulter.
Cela étant, soyons honnête: un monstre comme Hugo n'était sans doute pas disposé à entendre autre chose que la critique ample et généreuse que son lyrisme échévelé réclamait, imperturbable.
19:25 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Tags : Stalker, Asensio, critique, dissection, mauvaise foi







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Commentaires
Gêné de fricotter roide du clavier en zone grise, je viens farder la phrase en ces lieux.
Bien sûr que j'aime Lovecraft très honorable Tang. Vialatte, Bloy, Corvo, Lovecraft, Machen et même-oui, même ! Catulle Mendès ne sont pas incompatibles. Et je me retiens à 4 fers pour ne pas me lancer dans un plus effréné name dropping d'écrivains du 12-16ème qui m'auréolerait d'une cuistrerie érudite très up to date.
A part ça, je vois que vous renoncez aux injures. Heureusement que nos bons pamphlétaires - à commencer par le fracassant Marchenoir - n'aient pas été visités par cette triste inspiration. Mais je vous comprends : car lorsque on s'enfièvre lyrique dans la tarentelle du sagittaire, plus de retour en arrière.
J'ai lu votre "Dissection". Une chose m'a amusé : dans ce préambule du Stalker :
« Quel moyen utiliser pour détruire ? La violence, l’exagération, l’hyperbole, fins mets qui toujours ont eu l’étonnante propriété de faire s’étouffer les crétins." Je reconnais une réminiscence de Bloy :
"Il faut inventer des catachrèses qui empalent, des métonymies qui grillent les pieds, des synecdoques qui arrachent les ongles, des ironies qui déchirent les sinuosités du râble, des litotes qui écorchent vif, des périphrases qui émasculent et des hyperboles de plomb fondu. (Propos d'un entrepreneur de démolitions)."
N'ayez crainte, je ne viens pas bouter ici de mesquines flammèches. Nos lectures nous habitent, il est donc normal que, parfois, elles nous possèdent.
Je suis reconnaissant au Stalker 1) d’avoir Isabelle pour amie. C’est un gage de goût. 2)D'avoir reconnu le caractère hors norme de Pierre Glaudes, qui est un homme merveilleux -et d'une exquise modestie. Un authentique passionné aussi : lorsqu'il à 3 minutes dans un colloque, c'est encore pour parler de Bloy! Et, vous donnant son opus (740 pages sur Bloy romancier, résolument révolutionnaire, une somme) de déclarer : "oh, c'est très dépassé"(!). Alors que -bis repetita- on n'avait rien écrit d'aussi complet sur Bloy, depuis Bollery ((et c’est plus profond).
Enfin si notre dissecteur peut répandre des noms atrocement négligés – Hello par ex. – ça me paraît parfait. Vialatte est en « Bouquins » maintenant, Les fruits du Congo en poche, mais Hello…
Bon, j’ai outré du commentaire : soyez magnanime généreux Tang (à chaque fois que j’épelle votre nom, malgré l’absence de chuintante dans votre onomastique, je me retrouve dans Tintin au Tibet…)
Ps Mon mail n'est absolument pas à mon nom ( Eustache! Non mais...)
Ecrit par : Restif | jeudi, 24 janvier 2008
Bonsoir Restif,
Un de mes grands chagrins sera de n'avoir pu faire lire "les montagnes hallucinées" à un bon ami royaliste qui partage nombre de vos adorations... ;) (et dommage collatéral du coup je tarde à récupérer mon bouquin!)
Ma culture est cependant bien réduite comparée à la votre, mais Machen m'est connu (le cachet noir, terrible!) Je me demande si vous connaissez William Hope Hodgson, j'ai choppé un CLAF avec "les cannots de Glenn carig" à Brest, pas donné, mais le titre me fait fantasmer, et la lecture de "la maison au bord du monde" m'a mis l'eau à la bouche)... Ses ouvrages sont durs à trouver, si vous ne connaissez pas je serai ravi de vous preter mon exemplaire.
Pou ce qiu est des injures, disons que je les exclus des commentaires, parce que souvent elles ne sont guère recherchées et n'apportent rien. De façon très peu démocratique je ne m'interdisais pas d'user su procédé (mais j'ai mes piques de polémique par intervalle et devrais me calmer un moment là)
Votre extrait bloyesque montre que ce dernier a une vision assez large des procédés "de démolition". Les noms d'oiseaux qui volaient dans les commentaires ne témoignaient que de peu de génie créatif...
Pour ce qui est du Stalker, je ne connais pas Isabelle mais ainsi que je l'ai dit mon regard a quelque peu changé entre le début de la polémique et maintenant...
PS: Ah tang, que voulez-vos en créant ce pseudo diminutif de mon prénom bretonnant je n'imaginais pas à quel point j'allais devenir vialattien à force de généalogie de breton chinois définitivement voué aux plaisirs de Corée...
Je n'aurais jamais pensé à inspecter votre mail, je n'ai vraiment pas la fibre flic et ce n'est as faute d'être curieux pourtant!
Ernest Hello, j'en ai entendu parler pour sûr mais par qui, où et quand? Mystère, mais je note aussitôt. Peut être le même ami iconoclaste...
En attendant, je confirme, il faut savoir être généreux, magnanime. Mais pour cela il faut d'abord être grand et je ne suis jamais qu'un amuseur.
Tanguy (tout de suite moins tibétain!)
Ecrit par : Tang | vendredi, 25 janvier 2008
Vous aimez Hodgson ! Mais soyez béni Tang ! ( à la tibétaine ou à l'auvergnate : on scande du Henri Pourrat jusqu’à sentir que Gaspard se manifeste en vous). C'est très gentil –voire inconscient- de me proposer ces titres, mais grâce à Abdul Alazred, je les possède. Son "Grand œuvre" à W.H.H est "Le pays de la nuit" ( 700 pages!), malheureusement pas réédité et uniquement paru en CLA ( un prêt serait envisageable mais il est coté hein ! Et de plus en Bretagne, pas ici à Pantruche. A voir). Ca a beaucoup influencé Lovecraft. Il y a Clark Ashton Smith aussi dans cette lignée, une écriture exquise, un grand peintre et sculpteur en plus (et ami de HPL qui l’appelait Klarkashton).
Ma « culture » est un leurre, un masque : outre une affligeante méconnaissance de la musique et un manque indécent de déambulations en pinacothèques (je viens de rater l’expo Soutine :ça c’est grave) j’éprouve un rejet du spinozisme du à ma puérilité. Et quand je lis 4 pages de la phéno de Hegel je dois faire appel à un sinistre individu qui sévit sur les blogs.
Bref, il n’y guère de vanité à tirer d’être un grand malade frappé de « ce vice impuni (etc)».
Surtout que l’intelligence, c’est la capacité d’empathie, l’humour, enfin des choses qui n’ont nul rapport à l’érudition.
Pour Hello, capable d’admirables vociférations, il lui arrive d’être inégal. Encore un expectant du Paraclet.
Bon : premier chemin vers la concision ( !) : s’arrêter illico (quand à la polémique très affable Tang, c’est pire que la cigarette : vous ne tiendrez pas…)
Ecrit par : Restif | vendredi, 25 janvier 2008
Ah ah, vous connaissez donc déjà Hodgson. J'ai dû lire des bouquins de CAS dans ma jeunesse, il va me falloir m'y replonger.
Je prends bonne note de votre proposition de prêt mais nous en reparlerons quand j'aurais épuisé mon prorpe CLAF (donc les canots...)
Comme vous avez pu le remarquer mon goût pour la polémique ne m'abandonne pas. néanmoins j'ai de la peine à me concentrer longuement sur la même polémique... Georges a donc eu bien raison d'ouvrir un second front.
Ecrit par : Tang | dimanche, 27 janvier 2008
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