samedi, 16 février 2008

Dans la série des bonnes blagues du recteur...

(D'un qui n'a pas lu Bernanos*...)

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A la femme mystérieuse d'un homme que je connais à peine...

 

Je suis tombé dessus en épluchant Métro dans le RER, j'ai dû me pincer: voici venu le temps des réservistes de l'Educ'Nat'...

Et dans le même temps on réduit les postes d'enseignants. Et l'on réduit les horaires comme de juste, les horaires-élève, les seuls qui comptent. Mais ce n'est pas tout, le reste je le devine aux pudiques allusions de Restif: l'avènement programmé de la vision utilitariste de l'Ecole...

Elle est en marche, elle sera là bientôt, nous le savons tous. Je n'ai pas besoin d'avoir été dans une quelconque réunion de grands pontes, cette hideuse métamorphose s'annonce insidieusement dans le langage même de tout ce qui prétend structurer l'école de demain: flexiprof, socle commun de compétences and so on...

Ce mouvement de fond qui fond sur nos malheureuses convictions de pédagogues, je le sens de l'intérieur, au coeur même de cette machine qui n'est pas encore tout à fait une machine mais qui va le devenir. Le discours utilitariste se développe, partout: dans l'enseignement professionnel bien sûr (où déjà je lui dénie sa place), dans l'enseignement général dès le collège, il ne tardera pas à s'enraciner au coeur du primaire. A tous les niveaux: chez les collègues, chez les survés, chez les parents, et dans la bouche de nos élèves. Exit la culture. Exit l'amour.

L'école sera bientôt peuplée de robots elle aussi. Des robots au pouvoir d'achat augmenté y fabriqueront des petits robots aptes à trouver un emploi et à déposer le coeur léger un bulletin dans l'urne. L'école-entreprise sera née, elle déroulera ses objectifs, sa productivité, que sais-je... J'ai eu l'occasion de discuter avec des gens d'horizons assez variés, bien plus divers que ce que l'on trouve usuellement lors d'une soirée "profs", et ce qu'il y a de terrifiant c'est cette étrange musique mécanique qui résonne immuablement autour de ces récits: partout la déshumanisation croît en force, son ombre grandit. Rien ne l'arrêtera sinon sa propre autodestruction.

Il n'y aura pas d'armée de libération, il ne peut y avoir que des résistants épars, des ombres solitaires et anonymes pour qui les autres ne seront jamais un soutien, sinon comme espérance; il n'y aura que des soldats sans chef dont le combat dérisoire ne sera gravé dans aucun marbre de l'Histoire. Il leur restera les histoires, celles que raconteront peut-être les écrivains dont la grande machine n'aura pas su faire des robots. Des hommes écriront sur ce qu'il restera d'hommes au milieu des robots.

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Note:

* Oui je n'ai pas lu Bernanos et les mauvaises langues diront que cela se voit. Vile tautologie, car si on ne faisait pas la différence entre un gus qui parle de l'auteur sans l'avoir lu et l'autre qui exégèse ou pastiche en connaissance  de cause,  cela voudrait dire que Bernanos n'a écrit que de la m****.

**** Euh, c'était juste pour ne pas écrire "merde" (arf perdu). Vous auriez pu vous en douter: pas de raison de passer de la note 1 à la 4 directement!

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Commentaires

La curiosité des femmes est sans limite

A la femme mystérieuse d'un homme que je connais à peine...

Ecrit par : Jeanne | samedi, 16 février 2008

Bonjour.
L'utilitarisme a son avantage, bien sûr.
Un savoir doit devenir un pouvoir. Si vous croyez qu'on va distribuer le pouvoir comme ça, gratuitement...
Des savoirs étriqués, essentiellement techniques, c'est bien.
Le reste, la langue, l'accès à la logique... inutile. Trop de pouvoir.

Ecrit par : Pascal Adam | samedi, 16 février 2008

Bonjour M. Adam,
J'aime beaucoup votre commentaire. Avec votre permission je le citerai bien à mes drôles de 3ème pour tâcher de leur faire comprendre ce qui est réellement en jeu... J'ai de la peine à le leur faire réaliser, leur défaitisme et leur abandon à la logique utilitaire m'exaspère trop.
En même temps je ne vois pas comment il pourrait en être autrement... Beau merdier.

Ecrit par : Tang | dimanche, 17 février 2008

Vous avez dit l'essentiel Tang. Ce qui m'attriste et m'énerve, c'est que les gens refusent de concevoir ce qui se met en place. Une grève? Oh, c'est forcément "corporatiste", ben tiens. Les postes supprimés en masse, les assistants effacés? Très bien! la dette n'est ce pas... (la paupérisation de l’ed. nat. préalable à sa métamorphose en clapiers à forçats enrichira la France, c’est certain). Que tout ceci n'ait rien à voir avec un simple combat gauche/droite mais avec le remodelage même des âmes, que ce soit l’avenir d’une culture et d’une société qui soit en jeu –et ce ne sont pas là des grands diables de mots mais la pauvre humble vérité- ça ne les effleure pas. On angoisse sur une moquée à Orange, mais l’éradication d’une civilisation, l’ablation de l’instruction, de la langue…trop compliqué tout ça. On veut de l’ «Epinal », des bons, des méchants, qu’on sache bien qui huer.

La solution ? Aux heures supplémentaires les profs! travailler plus gagner etc Qu'ils ne peuvent pas? (ou bien fort peu, à temps très limitées, que c’est le métier même qui l’exige, métier qui déjà, à heures normales, requiert bien du travail « maison » ; alors plein d'heures rabiot la semaine... impossible, sauf à sacrifier pleinement les élève), irréalisable?on les accusera, que l'échec, c'est eux. Que le système doit être abattu puisque, n’est-ce pas, il ne fonctionne plus…
Tenez, je m'exprime mal et préfère me taire. J'avais un com' plus léger à coller sur un autre fil, ce sera pour plus tard. L'écœurement n'incite pas aux jongleries. Cœur morne, style morne...

Une chose encore. Ce que je ne comprend pas, c’est que l’avenir des emplois français passe par un haut niveau d’instruction. Je crois que c’est la Finlande qui mise tout sur son école ; d’autre pays aussi sont dans l’effort, contrées où l’éducation est « cause nationale ». Qu’on fabrique des nomades qui changeront 3-4 fois d’emplois, aussi atroce que ce soit, bon (adieu l’amour et la vocation…) mais cela exige pourtant des esprits assez riches, ayant un bagage qui leur donne une réelle aptitude à la remise à niveau, à l’apprentissage d’un nouveau savoir comme à l’autonomie. Comprend pas… supprimer l’agreg pour la mettre par Académie, avec savoirs différents… tout ça m’échappe. Je dois manquer de machiavélisme. Pas envie de rire là Tang. Les gens ne se doutent pas…comment faire passer le message ? Les universitaires veulent pas voir, il faudrait des relais puissants dans l’opinion, auprès des politiques.
Pas un coup de gueule! les plus écoutés mandarin se taisent. Ils préfèrent guigner la chaire aux states que de s’occuper de leurs collègues. Ils ont oublié d’où ils viennent. Je n’aime guère prendre le ton « l’heure est grave », mais là…)

L’utile… « A quoi ça sert ? » Musique, peinture (Bd !) cinoche ne sont pas « utiles ». Depuis maintenant bien longtemps, l’Homme a mis tout au sommet l’Art, car quoi de plus indispensable que « l’inutile » ? D’ailleurs, sommes Homo ludens, bien plus que sapiens (« Ludus est perdiscere », Cic.). Bon. Silence. Petite musique de nuit…


Ps Oui, pudique je suis, parce qu'un rampant de l'éthique a donné (c'est le mot) votre nom et que je regretterai d'originer des ennuis.

Ecrit par : Restif | dimanche, 17 février 2008

Ah Restif,
Je pensais la même chose lorsque de belles-âmes me traitaient dédaigneusement de "petit prof" comme si ce n'étaient pas des "petits profs" comme moi qui leur avaient permis d'être ce qu'ils sont...

Mais je n'ai même pas eu envie de leur mettre les yeux dans le caca. De totue façon il n'y a rien à faire, ce gens là qui vous chantent (à raison) chaque jour les louanges de l'histoire multiséculaire de la France sont incapables de se souvenir de leur propre petite histoire et de la respecter...

La quête du sens je n'ai rien contre, mais si cela exclut le sens commun...

Enfin on verra bien ce qu'on peut faire... En tout cas merci pour votre empathie, si quelque chose manque aux professeurs c'ets bien cela. plus encore que de considération peut être. Parce que sous l'habit du professeur, il y a un homme avec les idéaux qiu font sa vocation...

Ecrit par : Tang | lundi, 18 février 2008

« A maints égards, il est plus difficile de faire une bonne leçon de grammaire dans une sixième de lycée qu’un bon cours de linguistique en Sorbonne » (Gérald Antoine, porfesseur en Sorbonne, Cité par J.F Revel, in Mémoires, p.419

« La science et la patience du professeur peuvent parcourir la moitié du chemin pour aller à la rencontre de l’élève, mais elles ne peuvent remplacer l’effort inhérent à l’acte d’apprendre »( J.F Revel ,in Mémoires, p.416)

« J’ai toujours goûté, dans « les Mémoires pour servir à l’histoire de mon temps » de François Guizot (chapXX) une « Circulaire de la commission de l’Instruction publique aux professeurs des collèges », datant de 1820, qui adressait à mes lointains devanciers de l’époque de la Restauration cette précise et concise exhortation » : « Ce n’est point ici un cours de faculté. Le professeur ne peut espérer d’être utile à ses élèves qu’en se mettant toujours à leurs portée ; c’est pour eux et non pour lui, qu’il doit faire sa classe. » (ibid.; p.417)


Sur un mode apparemment éthéré je voudrais dire par l’exemple combien les fondations de notre culture et même la rencontre avec nous même, nous les devons aux « petits profs » qui nous connaissent si bien et qui sont si importants, eux qui représentent notre première rencontre avec le Savoir ou l’Histoire ou la Langue et l’Etranger mais plus que tout les mystères régissant cette langue que nous parlons. Avec défiance, moqueries et défis masquant la peur ou bien avec passion et crainte, nous nous avançons à leur rencontre, eux, les maîtres, les instructeurs et les gardiens du temple. Bien trop jeunes pour leur prêter une vie, nous arrivons, plein de haine et d’amour vers ceux dont nous redoutons qu’ils nous classent à jamais parmi les idiots. Ils ne sont pas hommes, mais le premier regard sérieux de la société. Jamais le professeur de faculté –qui peut se transformer en « père »,mais c’est autre chose, dans un autre temps et pour peu de gens – n’aura cette aura ni ne sera –en bien ou en mal –si DECISIF.

Comment oublier M. Lebon, mon professeur de français ? En deux phrases, il me dressa le caractère et me sauva la mise, m’épargnant de cuisantes désillusions.
La première fois, ce fut à l'occasion d'une discussion balzacienne. Il venait de citer, avec cette mimique désapprobatrice où il y avait du sourire et qui n'appartenait qu'à lui, la phrase darwinienne d'Honoré : "La vie est une jungle, il faut être un tigre". Graine de nietzschéen, j’approuvais bruyamment. Le maître me jeta un regard oblique où se combinaient lassitude et agacement et me rapetissa d’un trait : « commencez par être un tigre littéraire ! »
Mais le traumatisme qui devait, dans mon être encroûté par la plus épaisse vanité (pensez donc, Rimbaud à 12ans, Artaud à 14 ! Que pouvait m’apprendre le vieux birbe !), provoquer un séisme qui déracina net (pour un temps…) ma vaniteuse certitude d’être le phénix des hôtes de ces Lettres m’advint alors même que, rutilant de fierté je venais, au prononcé du nom de Madame de Merteuil, de donner instantanément titre et auteur :‘Les liaisons dangereuses, Choderlos de Laclos –ce qui était encore aisé mais que je surpassais définitivement pour entrer dans la légende des grands élèves de ce bas monde en lâchant à voix (très) haute la dernière phrase du roman : « la maladie l’avait retournée; à présent son âme était sur son visage » ». ! Silence. L’énorme pédagogue (la nature l’avais doté d’une forte taille et d’un coffre à l’avenant) se pencha alors vers moi qui attendait modestement la phrase qui allait officialiser mon exceptionnelle maturité qu’ une nature si hors du commun expliquait à peine. Et qu’entendis-je –oh ! nettement … : « Quel dommage… » ( Quoi ? implorant regard frappé par la foudre) « Quel dommage (et il fallait l’entendre ce « dommage » rouler en des tonalités graves aussi profondes et escarpées que les vals de Roncevaux , empli d’échos comme des corridors de château écossais») « Quel dommage que vous soyez fainéant !» Dixit. Mais comment rendre ce « o » explosif appuyé par la dentale : « D-O.>DO » et ce martellement bi-syllabique sur l’infâmant adjectif s’achevant en nasale péremptoire… l’horreur! Mon professeur. A moi. Sa merveille, le seul avec lui à savourer Desnos , à seulement savoir qu'il existait. Il me reniait, pire, c’était Salomon laissant tomber -de si haut ! – l’oracle indiscutable. Fainéant. Comme ça, à l’heure même de ma gloire.
(M'en suis jamais remis...l'ambition est morte ce jour là. Incidemment, cette phrase n'est pas à proprement parler la clausule des Liaisons,mais se trouve au premeir paragraphe de la lettre CLXXV. Ce "retournée" est tout bonnement génial, et mes mots sont pesés au trébuchet (de l'objectivité). L'homme d'un seul livre Laclos -qui préféra tripatouiller pour Philippe qui devint "Egalité". Il est vrai qu'alors un écrivain ne se trouvait pas obligé d'avoir de l'inspiration à vie, et qu' on n'exigeait pas d'outrepasser les dons de la nature. On était modeste : on se contentait d'un chef d'oeuvre . (Bernardin de Saint Pierre; B. Constant, Tocqueville et Fromentin plus tard).

Et pourtant… il me jugeait bien. M. Lebon. Je n’apprenais rien, les lettres venaient sans efforts, idem de l’histoire et pour l’anglais 2 voyages dont un trimestre entier dans la rude ambiance britannique avaient arrondi bien des angles. Mais… surgissait-il un auteur, quelque point de programme qui me fut fastidieux que je fuyais comme fumée par grand vent. Le labeur me déplaisait. De cette phrase devait naître (outre ma vocation de proxénète) moult réflexions que je vous épargnerai. Mais voilà. C’était mon anecdote : « comment mon professeur me fit entendre que passion ne suffisait pas et me prépara aux rudes réalités de l’existence » (ou du moins fit de son mieux le cher homme).

Ps C'est une simple anecdote Tang,et vous n'avez pas à y répondre. Je saurai bien vous harceler avant qu'il soit longtemps!
vous savez que vous m'avez particulièrement touché dans votre dernière phrase? Je ne sais pas s'il y aura des rieurs, mais là, vraiment, ils "comptent pour du beurre". Car ce qui passe,un instant, c'est ce qui, avec qqlq autres efforts du même calibre, et malgré la horde des idiots, des railleurs, des vrais cyniques, bref des destructeurs, maintient la décence d'âme en ce monde (un autre mot, à talons rouges, me venait sous les doigts qui méritait - voir appelait ,- "âme" comme complément de nom,mais j'ai craint que, vraiment, vous le trouviez grandiloquent).

Ecrit par : Restif | mardi, 19 février 2008

PSS J'avais écris " de ces phrases devaient naître", puis j'ai "coupé" pour le bien plus logique "de cette" et j'ai alors laissé l'effroyable pluriel (alexandrin).Ce n'est sans doute pas l'unique faute vu mes 5 heures de sommeil et les 1:40 du matin, mais c'est certainement la pire. (ça casse l'ambiance un tel Pss...m'enfin, c'est peut être pas si mal et puis...mektoub, kismet, Anankhe, enfin - comme le disait notre maître philosophe françois Chérie-Bibi : "Fatalitas!"

Ecrit par : R le fautif | mardi, 19 février 2008

Merci pour l'anecdote, je n'ai pas eu de M. Lebon pour casser la vanité de fainéant endurci que j'étais... C'est effectivement DDOmmage!

Le mot à talons rouges eût été tout à fait à propos. La phrase aurait nécessité un remaniement cependant, non?

J'ai corrigé votre fautif remaniement et une autre qui m'agressait tout autant la vue Restif. J'ai peu de temps cette semaine, donc n'hésitez pas à pointer, d'autant que ce pssst n'est pas si mal venu...

Etant donné ma vie de patachon j'ai presque de la complaisance pour les fautes de noctambule!

A bientôt Restif!

PS: Hum j'ai reçu l'Exégèse de Bloy et d'autres livres. Je m'y plonge (j'ai lu d'abord l'éloge du paraître de Renaud Camus, cela fait rire M. Valet, mais comme je le disais avec une prescience rare dans une récente note à barbe il ferait bien de le relire; enfin il a renoué avec la drôlerie, ce n'est bpas si mal)... J'ai presque envie de le lire au bahut... Mouarf, je suis resté très gamin. (NB: ce ne sont pas les élèves qui réagiraient en me voyant avec un tel auteur en main bien sûr, en revanche les collègues...)

Ecrit par : Tang | mardi, 19 février 2008

Prolégomènes à toutes lectures futures
Ami ( ?) lecteur, saute ces lignes si elles te sont indigestes, n’en blâme pas le taulier qui est bien un peu irresponsable d’encourager un graphomane mais c’est qu’il est trop bon, et ne voue pas au gémonies, au barathre, un modeste commentateur, ton semblable, ton…(oui, bon, on voit. Merci. Rideau.1)
1) c’était destiné à achever le message –aux deux sens du terme – et puis...mieux vaut le placer en en-tête. Avertir. Charité, toujours.

Oui, favorable Tang,la phrase eut effectivement exigé un remaniement -vous déchiffrez les plus alambiqués cryptages . Fait-il dévoiler ? n’est-il pas amusant –sans excessive mystification – de laisser un fantôme de doute agacer le lecteur ? Vaste Blogue, je vous laisse ce beau sphinx aheurter.
(Cet « effectivement » de première ligne est-il si lourd, stylistiquement ? Il est dit de l’adverbe qu’il est disgracieux, d’usage difficile et qu’on s’en doit défier comme d’un lecteur de Mac OrlanD jugeant des méthodes nécessaires aux élèves 2008 selon les standards fantasmés 1920. Pourtant… j’aime de ces adverbes la nasale voisée.

Je vous remercie de vos corrections. Je suis toujours heureux que l’on redresse une (involontaire) souillure sur la belle robe du français. Une authentique honte m’habitera toujours de n’avoir pas cette orthographe parfaite et instantanée que ma mère –qui ne dépassa pas le certif – possède sans même y penser, sans jamais s’y arrêter, sauf terme rare dans un mot croisé (mais depuis que Favaleli n’est plus, l’amusement est, me dit-on, bien moindre). Moi il m’arrive de laisser passer des fautes de syntaxe, pas un bête « t » en trop ou en moins, non hélas,LA faute, l’orthodoxe ( !) et incontestable faute et je n’en suis pas fier. Mais je souffre cette faiblesse (que, je ne sais pourquoi, l’ordinateur amplifie) et bien loin de m’écorcher l’égo prend bonne note d’une correction. Faut-il être môme pour se vexer !
(Deux alexandrins sont cachés dans le 1er paragraphe (préalable hors jeu). Saura-tu les découvrir ? Le gagnant aura droit à une lien insolite.)

Il est dangereux d’encourager un bavard. Juste au moment où je me disais qu’il me fallait freiner du commentaire sur Vaste Blogue, voilà que, pousse au crime, vous m’invitez à réitérez. Bouffre ! Et bien je collerai un petit post (petit… : «mot » ; je ne sais si vous connaissez cette expression qu’utilisait ma grand-mère et que j’ai retrouvé chez le Rousseau des Confessions ; elle signifie que seul le silence peut répondre à l’énormité qui vient d’être énoncée).
Le post ici annoncé n’est pas à dire vrai, atteint de gigantisme. Enfin, vous (et j’espère quelques autres qui ne périront pas d’ennuis si Dieu le veut) le lirez. Mais je ne puis tojours gambadez. Outre le travail que je suis en train de fuir, ma vraie passion c’est d’enquêter –je ne prétends pas toujours trouver, loin de là, ni définir UNE vérité – sur les textes, sur la généalogie des écritures (on pourrait parler de poétiques, d’esthétiques voire, soyons fou ! de poïétiques des auteurs) et mettre en lumière des points qui me semblent importants et que je n’ai pas vu traités. Malgré ma mégalomanie qui paraît ici galopante, il se trouve que vérifiant auprès d’un qui détient le numéro qui autorise le discours –travail sur Sade, siècle n° 18 – je suis récompensé par une reconnaissance de mon intuition. Car j'ao galopé hors de mes herbages dix-neuvième (plus particulièrement fin de siècle –Belle époque), ce qui est fort mal vu de l’Alma Mater qui oublie un peu vite qu’on doit à des esprits curieux qui s’évadaient hors de leurs barrières bien des trouvailles fascinantes ou d’excellents textes –Benichou, Hubert Juin, Georges Steiner, Boutang, Starobinsky et, avant qu’il ne cesse d’écrire ses livres pour signer les DEA et articles de ses doctorants, Fumaroli .( La momification Collège de France est redoutable. Ainsi d’Antoine Compagnon devenu par la grâce de ses réseaux et du président –dont la signature est indispensable- le successeur de Barthes au Collège de France. C’est amusant : un ancien polytechnicien reconverti dans les Lettres suite à une thèse que je n’estime pas palpitante (« La seconde main ou le travail de la citation ») thèse qui n’a pas apporté grand-chose sur les écrivains), un type qui a fait l’essentiel de sa carrière à l’étranger et a évité l’agreg représente désormais le « nec plus ultra » de la recherche française… J’entendais l’autre jour lors d’une réunion Barbey du centre de recherche sur le dix-neuvième à la Sorbonne qu’on se gaussait assez fortement de l’idée « transversale » de notre polytechnicien qui fait des plus célèbres réacs (auquel il incorpore Barthes qui, je crois, ne serait pas d’accord…) de redoutables modernistes. Séparés l’homme de l’œuvre, depuis Balzac le coup est célèbre. Et que l’œuvre même « dit autre chose dans ce qu’elle représente que son message idéologique affiché » (source : moi-même ; c’est de l’ordre du lieu commun de « science » humaine) ça date du pléistocène –cf Marx sur Les paysans de Balzac ; vous prenez, touillez, en faites 800 pages dans la doxa marxiste et vous finissez mandarin balzacien, voir P.Barbéris. Bref, on peut être réac d’opinion et révolutionnaire –donc « moderne » pas définition – voilà la « trouvaille » de Compagnon. Qu’il nous découvre un Maistre « Antimoderne » (pas possible !?;je suis choqué) mais de style, alors là, vous l'écoutez n’est ce pas… c’est Artaud avant l’heure (bon je caricature, mais la thèse générale va dans ce sens). Il a mis tous les réacs dans sa poche avec ce bouquin tout en restant intello-compatible par une savante récupération de ce qu’avait d’intransigeant, de réfractaire à l’étiquette un Bloy, en « apaisant » l’extrémisme d’un Maistre. Oh, ce n’est pas inintéressant, ça synthétise bien quelque dizaines d’articles connus de 30 personnes en France et qui avaient défriché tout ce hiatus entre pensée « réac » et style-composition hyper moderne (dans son bouquin, il aurait pu mettre Jarry qui a fini par des lettres royalistes et antisémites au docteur Saltas). Enfin franchement, on sait qu’en France il existe des spécialistes du 20ème bien plus discrets (c’est leur crime) et originaux, qui ont publié bien plus de travaux décisifs, édités-annotés bien plus d’ouvrages (Compagnon en a 3. Mais un beau –un roman de Proust en Pléiade. L’autre c’est encore Proust, en folio, le 3 je crois, touche à Proust). Mais Antoine s’est spécialisé « théorie de la littérature et critique », ça c’est le tout beau positionnement …Les travaux d’un Henri Godard, 4 pléiades à lui tout seul pour Céline, dont il a, pour le coup lui, révolutionné la recherche, ça n’existe pas, non plus que les travaux de Rifaterre sur Jarry et sur la rhétorique, et puis la « théorie »lui aussi Rifaterre. Mais ils semblent un peu plus décisifs ses travaux… Appliqué à Bloy par exemple, son travail fonctionne, et pourtant, moi et la rhétorique moderne…
Mais je n’ai rien contre l’Antoine hein ! Un polytechnicien vous pensez ! si bien vu aux states en plus ! Si occupé qu’une connaissance qui faisait sa maîtrise avec lui m’a dit n’avoir pu le voir qu’UNE fois ! Ca c’est du soutient coco ! M’enfin faut bien « diriger » hein, et le plus possible. Ca fait partie du jeu que certains savent admirablement jouer.

Et bien moi qui me voulais plus bref cette fois. Ya pas, faut que j’arrête et retourne marner sérieux.
Une chose : je suis terrorisé à l’idée, intrépide Tang, que vous allez découvrir Bloy. Et si le courant ne passait pas ? enfin il m’étonnerait quand même que vous n’ayez pas un sourire.
(et malgré votre expresse autorisation j’ai quand même l’impression d’envahir VB ; je vous l’ait dit, je m’étais sermonné et voilà que je reglose ad nauseam… J’ai peur que le lecteur souffre, car simple commentateur, je ne m’essaye nullement à l’article, avec pause, pirouette, légèreté et badineries, ni ne m’attelle à ce que ferai pour moi, un authentique post sérieux –tenez, sur Sade déjà évoqué par exemple.

Allez donc avec Camus en salle des profs! Je suis sûr que vous vous en tirerez très bien sur le thème "liberté d'expression + calomnie". Un soupçon de Gide "littérature..pas de bons sentiments", l'angle "pur esthéte", et c'est gagné!
(Faudra que je le lise ce Camus, quand même.)


Ps:
Un petit lien marrant -c'est rare chez moi- qui prouve que les grand pdg anglo-saxons sont de fins lecteurs et que la compétition économique mondial, ce sont les plus cultivés qui s'en tirent le mieux!
http://bonnetdane.midiblogs.com/archive/2007/08/06/litterature1.html
http://bonnetdane.midiblogs.com/archive/2007/08/06/litterature1.html (en cas de bug du 1)

Ecrit par : Restif | mardi, 19 février 2008

"Séparer"... pas le courage de m'amender pour le reste ni de faire repasser le lien. Amusant pourtant : les big winner du libéralisme économique sont "classiques" et littéraires en diable. Après tout... déjà l'élite romaine se régalait d' Horace quand 99% des romains se contentaient des mimes et des courses de chars...

Ecrit par : r | mardi, 19 février 2008

Restif:
Hâtif droit de réponse: je parlais de lire Bloy au taf... L'essai de Camus était déjà terminé.
Je l'ai trouvé intéressant mais pas révolutionnaire... Hin, hin... Par certains côté j'ai été un peu déçu, je ne lis pas un essai d'un auteur sur lequel on ne tarit pas d'éloges pour y découvrir même finement formulées des intuitions qui m'effleuraient déjà fût-ce confusément...

(je sais que cela va faire hurler un brillant réalisateur qui pourtant ne porte pas (plus?) Renaud Camus en grande estime à ce que j'ai cru comprendre...)

A suivre...

Ecrit par : Tang | mardi, 19 février 2008

Oh ! Très beau billet !

(Certes, j'ai quelques semaines ou mois de retard... Mais, qu'y puis-je ?
Et puis, cela reste douloureusement et évidemment d'"actualité" pour parler comme les sans Histoire...)

Ecrit par : Albertine | dimanche, 01 juin 2008

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