mardi, 19 février 2008
La femme est-elle un animal politique?
A une inconnue délicieusement curieuse...
Je pensais avoir répondu déjà à cette grave question il y a un certain temps, mais une lectrice qui doit, à en juger par son exquise curiosité, changer de boucles d'oreilles aussi souvent qu'à son heure, a réussi à pousser ma puissante construction théorique dans ses derniers retranchements. Ah, les femmes!*
L'apport de mes travaux dédiés à cette passionnante question me semble avec le recul quelque peu bancal. La femme en effet ne devrait en aucun cas se piquer de politique si l'on en croit le théorème du dîner de réveillon. Il s'agit là d'un raccourci quelque peu hâtif, mais avec "H" soufflé tout de même...
Car en réalité ce théorème souffre une exception notable et cependant nettement circonscrite. Il faut tout d'abord distinguer la femme et notre femme. La nuance est essentielle, la femme est la cible de toutes nos attentions, alors que notre femme devrait l'être. Elles se rejoignent lorsque notre femme est suffisamment talentueuse pour y parvenir, ce qui signifie qu'elle change de boucles d'oreilles selon une cadence tout à fait mystérieuse et cependant appréciable. Bien d'autres choses encore qui n'ont nullement vocation à faire l'objet d'un catalogue, ce dont je n'ai garde.
Or donc, si la femme accomplie se contentera au mieux d'un gracieux haussement d'épaules - idéalement doublé d'un subtil mouvement de poitrine - lorsque la virile assemblée politico-dissertante en vient à s'enquérir de son avis**, il va de soi que notre femme, par mégarde restée à table, se doit quant à elle d'adapter sa réaction en fonction de notre implication dans le débat puissamment entamé.
La femme qui aurait l'honneur et le plaisir d'être notre moitié peut donc se mêler ponctuellement de politique sous certaines conditions qu'il convient de détailler. Il faut d'abord que nous ayons eu l'imprudence de nous engluer dans cet inéluctable marasme des fins de repas. Cela arrive aux meilleurs. Dans ce cas notre douce moitié peut prendre position si sa contribution répond à ces deux critères: elle doit aller dans le même sens que nos avis tonitruants quelle que soit leur pertinence et il lui faut se montrer d'une pertinence parfaite.
C'est là la difficulté. Car si l'homme peut proférer les pires âneries du moment que sa voix porte bien et que son ton est assuré, la femme (même la nôtre) ne peut en aucun cas se reposer sur un air convaincu et une élocution convaincante pour appuyer quelque sophisme, ou pire quelque sottise. Bien au contraire, un ton péremptoire ne pourrait que la desservir. On voit tous les jours de telles imprudentes se faire traiter de "mère Emptoire" pour avoir eu le culot d'avoir un avis tranché. Au lieu que l'homme coupable du même crime ne se verra jamais surnommer "père Emptoire" par ses pairs (Emptoires ou non). Il y a certes de basses raisons consonantiques à ce fatal déséquilibre, mais a-t-on jamais vu quelque penchant calembouriphique s'arrêter à de telles contingences? Non, il vous faut mesdames accepter cette nouvelle injustice. Vous vous consolerez en songeant au ridicule achevé auquel s'exposerait un homme à qui il viendrait la fantaisie de changer de boucles d'oreilles régulièrement et sans raison apparente. Mais nous nous écartons du sujet.
On l'a vu la femme, enfin notre femme, peut donc se piquer de politique et le faire savoir à condition d'être de notre avis et ne pas nous desservir par une argumentation spécieuse. Ainsi qu'on l'a souligné elle aura tout intérêt à faire dans la nuance, à affaiblir son opinion d'une voix hésitante, mal-assurée, nous nous chargerons alors d'apporter à ces remarques pleines d'à-propos la force qu'elle n'aurait pu leur donner.
Observez par ailleurs que contrairement à l'homme, la femme n'est nullement tenue de croire le moins du monde aux sottises qu'elle débite en terrain politico-polémique. Ce serait au contraire extrêmement malvenu. Si tel était le cas on serait contraint de constater que la féminité d'icelle fut tout à fait accidentelle ce qui est un parfait contresens. Il serait d'ailleurs inélégant qu'une femme se prive de l'avantage qu'elles ont à faire preuve de mauvaise foi sans rien perdre de leur charme. Qui y songe sinon quelque étournelle? Je taquine l'évidence, et m'en repens avec force contritions.
Aussi les remarques pleines de bon sens qui m'ont été faites au sujet des femmes et de la politique m'amènent à reconsidérer le théorème du dîner de réveillon. Cette propriété n'est pas fausse mais encore faut-il redéfinir l'ensemble auquel elle s'applique ainsi qu'on l'a montré.
* * *
Suite à ce long exposé la réponse à la question initialement posée*** s'impose: la femme n'est pas un animal politique, mais nécessité faisant loi, elle peut le devenir sans grand effort. Et si elle peut l'être tandis que nous le sommes nécessairement c'est d'abord parce qu'elle l'est de toute façon par essence.
En réalité le sens politique de la femme est naturel et pratique, quand celui de l'homme demeure infiniment verbeux et théorique****. Cette découverte tardive ne me surprend guère dans la mesure où j'ai déjà mis en lumière, avec le test des chaussettes, la fragilité des capacités d'abstraction du beau-sexe comparée aux nôtres. Et je pense avoir non moins puissamment démontré le peu de sens pratique du sexe fort en tenant des propos aussi sauvagement sexistes sur un blogue publique qui fut un temps fort couru auprès des femmes de goût. Etant entendu que sous cette ironie de bazar, les femmes n'auront aucun mal à déceler un obscur fond de machisme (Bouh!) plus ou moins refoulé, celui sans lequel elles se détourneraient avec raison de nos torses velus et musculeux. On voit par là que la nature est merveilleusement agencée.
Mais je n'apprends rien aux lecteurs de Vialatte qui le soulignait en nous donnant ses dernières nouvelles de l'homme:
«La Bible assure que lorsque Dieu eut fabriqué l'homme et la femme, il en pleura. Comme on le comprend !»
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Notes:
* Ca tombe bien, c'est l'intitulé de la catégorie dans laquelle j'ai regroupé l'essentiel de mon brilllant travail de semi-investigation sur ce sujet ô combien passionnant... Je dis semi-investigation car malgré mon acuité terrifique je n'ai nullement l'intention de déflorer le mystère qui leur est propre. Le pendard dont ce serait le propos mériterait cent fois la mort et s'exposerait au ridicule d'un échec sonore. Que cela serve de leçons à tous les apprentis sorciers!
** Tout ceci bien sûr si elle n'a pas eu la présence d'esprit de profiter de la confusion éthylo-politique du repas finissant pour aider la maîtresse de maison à débarrasser la table et commencer la vaisselle...
*** La question que vous m'aviez posée, Jeanne, n'était pas tout à fait celle à laquelle j'ai répondu (avec brio). Je le savais. Qui ne le sait? Et les lecteurs auront corrigé d'eux même. Simplement la femme réactionnaire en termes politiques est soumise à la possibilité ou non de s'intéresser à la politique et de le montrer. Et d'autre part il ne vous échappe pas que ma définition sexiste de la femme n'est pas vraiment alonzo-compatible...
**** On m'objectera qu'il y a pourtant peu de femmes en politique. C'est heureux et cela n'a rien d'étonnant dans la mesure où la vie publique empêche par définition de rien faire "sans raison apparente". Peu de femmes consentent à abandonner le privilège des boucles d'oreilles changeantes. Comme on les comprend!
14:00 Publié dans @} Le Salut par les femmes, Café du e-commerce, PoliBIP! | Lien permanent | Commentaires (15) | Trackbacks (0) | Tags : femme, politique, homme, boucles d'oreilles, réveillon, sens pratique, curiosité







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Commentaires
Jeanne avait dit
et les ami (ES)
Je ne vois que des hommes dans cette "réacosphère" !
Et la parité qu'est ce que vous en faîtes .))
Tang dit
Simplement la femme réactionnaire en termes politiques est soumise à la possibilité ou non de s'intéresser à la politique et de le montrer.
Sur internet je n'ai pas encore vu de femmes réactionnaires en action ( A part les blogs couture, cuisine, enfants déco... pas grand chose
Faut-il en conclure qu'il n'y a pas de femmes réactionnaires qui font de la politique (sur internet ou ailleurs!) ?
Ecrit par : Jeanne | mardi, 19 février 2008
"La femme qui aurait l'honneur et le plaisir d'être notre moitié"... Heureusement que vous employez le conditionnel : la femme n'est certainement pas la moitié de l'homme !
Et puis... allons plus loin... vous opposez l'essence à la nécessité tout en affirmant que l'essence est la conséquence de la nécessité ? L'essence s'oppose à l'existence, et le nécessaire au contingent, non ? Relisez Heidegger peut-être ?...
Ecrit par : anange | mardi, 19 février 2008
"Heidegger". Fabuleux !
Ecrit par : Daniel | mardi, 19 février 2008
Qui y a-t-il d'étonnant à voir citer Heiddy? Que le "on" vous avale, que la technique vous dévore (de toute façon...) si vous en êtes étonné parce qu'une "collègue" d'H. Arendt le nomme.
A part ça je connais un très beau blog tenu par UNE réactionnaire. Avec ce génie particulier au sexe (que je n'essentialise pas -ou alors, c'est que les essences varient, sont devenir et mouvement comme le pense Hegel)- qui veut qu'elle n'écrive rien de sa main,se contentant de tenir salon virtuelle, avec juste parfois, un com' pour relancer la machine. Mais elle choisi des éditos qui font grand bruit, et qui dépasse parfois de beaucoup la "réacosphère". Aussi réussit-elle ce tour de force d'avoir,sans beaucoup parler, l'un des blocs les plus branchés et les plus influents dans les soviets réacs (et au delà) où elle est fort bien vu - hormis chez les Païens ou les nationals keupons suicidal style (suivez-mon regard T.) Vous connaissez Isabelle X Tang, bien sûr? C'est notre Madame de Lespinasse janséniste...
Le taulier étant peut être rétif à la Dame en questions (tant de squelettes dans les placards du numérique), et puis ces choses là ne se faisant fait pas sans perm,je ne donne pas le lien. Que l'ereignis me protège...
Ecrit par : R... | mardi, 19 février 2008
PS
n'ai plus du tout le temps de me r;elire alors...
Ecrit par : r | mardi, 19 février 2008
Je pensais au causeur mais ca me parait trop conventionnel, pas assez "underground"...
Vous savez vous pouvez lier sans problème, je ne suis pas rétif... A la limite quand je le suis je vais croiser le fer avec ma mauvaise foi coutumière en bandoulière... ;)
Demandez donc à XP... ;)
Ecrit par : Tang | mercredi, 20 février 2008
http://isabelledescharbinieres.hautetfort.com/archive/2008/02/04/the-french-are-miserable.html
(Sinon, tapez "Le néant des guerres guénoniennes" sur google et vous l'aurez).
Let me introduce : Isabelle de la Charbinière : salon où l'on passe de Maistre aux Rose-Croix, de Hello à Saint Martin, où l'on flingue le bouddhisme et la "modernité". On y aime Heidegger et la poésie romantique allemande (Trakl), Boehme et Malévitch, Bergman et Milosz. Dans une pièce adjacente (by newletters) des très beaux tableaux de la maîtresse de maison qui a un sacré talent (elle en vit). Depuis certains problèmes la modération a été activée. Mais hormis insultes ou blaphèmes -blasphème = insulte à Dieu- tout est publié rapidement. (la critique athée même virulente passe très bien hein -mais vous aurez des réactions et ça tire très, très fort. Le fil sur "Les ignobles vérités du bouddhisme a secoué presque à mort bien des puces... http://isabelledescharbinieres.hautetfort.com/list/controverses/les_«_ignobles_veri.html)
Fléchage de parcours et tentative de passage en force :
Blog "La question Isabelle des Charbinières
http://isabelledescharbinieres.hautetfort.com/
http://isabelledescharbinieres.hautetfort.com/archive/2007/01/25/nicolas-bonnal.html#comments
Ecrit par : Restif | mercredi, 20 février 2008
@Jeanne: tapez incandescence sur google...
@Anange: Ah Heidegger, j'ai aussi ri, allez voir la vidéo de Georges vous comprendrez!
Je me demandais si on allait réagir à mon micmac essence, nature et nécessité... J'ai la réponse! ;)
Il faut comprendre sens politique au sens large pour la femme. ce qui parfois peut se traduire par une avancée en terrain politique. mais le plus souvent le sens politique de le femme lui permet d'éviter ces chausse-trappes!
Politique par essence, la femme évite la politique quand cela ne peut lui servir.
@Restif: Comme Anange, allez voir la trilogie de Georges pour éclaircir le fuligineux de son rire sardanielique...
Ecrit par : Tang | mercredi, 20 février 2008
Je suis un peu vexée que vous n'ayez pas relevé ma malice dans ma suggestion de relecture heideggerienne. Néanmoins j'espère que vous aurez la grâce de me dire que cette nouvelle information vous aura fait rire à nouveau.
"Il faut comprendre sens politique au sens large pour la femme. ce qui parfois peut se traduire par une avancée en terrain politique. mais le plus souvent le sens politique de le femme lui permet d'éviter ces chausse-trappes!
Politique par essence, la femme évite la politique quand cela ne peut lui servir."
Bien. Vous vouliez juste nous dire que la femme a des talents innés de gouvernante, mais que cela reste de l'ordre du concept (ou de l'idéal pour une vision plus hégélienne, ou bien encore du fantasme si vous introduisez Freud dans votre analyse) et qu'elle s'empêche d'exister en politique, qu'elle s'interdit de prendre le pouvoir ? Hahan... (En fait, là, c'est moi qui explose de rire...)
Ou bien avez-vous une vision plus machiavélique du rôle et du statut de la femme dans sa façon d'envisager le gouvernement de la cité ?
Ecrit par : anange | mercredi, 20 février 2008
Ah excusez donc Anange, je suis atteint de Georgisme: incapable de déceler le 2nd degrés à mon tour...
Effectivement j'ai ri, un peu jaune de devoir changer la note que je fourbissais autour de ces vidéos...
Anange vous compliquez tout. la femme ne fait pas de politique parce qu'elle ne veut pas que les médias s'interrogent sur le moindre de ses changements de boucles d'oreilles et réussissent même à les expliquer (ils en sont bien capables ces cons)
C'est la seule raison de l'absence de femme en politique. c'est donc par sens politique que le femme 'en fait pas et surtout en parle peu.
Le monde est plus simple comme cela je vous assure. plus vrai donc.
@restif:
Merci. Ca vole haut en effet. Je ne m'y aventurerai que sous la torture.
Ecrit par : Tang | mercredi, 20 février 2008
Je ne complique rien. Je ne porte tout simplement pas de boucles d'oreille(s... ?). J'ajoute que je suis blonde et d'origine belge.
Et la simplicité n'est certainement pas cage de vérité (... Edgar Morin ?).
Ecrit par : anange | mercredi, 20 février 2008
Il y a le simple qui explique et celui qui dérobe... Il dérobe pour mieux préserver. C'est la simplicité du monde des chroniques de Vialatte.
Ecrit par : Tang | mercredi, 20 février 2008
Ho ! Le joli lapsus ! Je voulais dire "gage" au lieu de "cage"...
Ecrit par : anange | mercredi, 20 février 2008
@Jeanne: tapez incandescence sur google...
Tout est mystérieux aujourd'hui
Restif vous qui êtes un habitué de la maison de cette dame, faut-il montrer pate blanche quand on est une femme de gauche?
Ecrit par : Jeanne | mercredi, 20 février 2008
patte
Ecrit par : Jeanne | mercredi, 20 février 2008
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