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mercredi, 05 mars 2008

Le mutant des Alpes

(Observons homo nivibus, avant que la neige ne fonde)

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Comme vous le savez, quand le populo va "à la montagne" il se vautre dans le vil "entertainement" et autres avatars "glisse" et par conséquent "fun" de notre belle société d'hyperconsommation übermécanisée. Bouh!

Comme vous le savez tout autant, quand votre serviteur fait la même chose c'est très différent. Parce que notre fier rédempteur se rachète en observant ses contemporains. Attention je ne parle pas des individualités qui du reste s'estompent étrangément dans ce grand blanc aussi égalisateur, je présume, qu'un carcarodon carcharias (mais je n'ai pas testé ce dernier). Oh non! D'ambition bien plus raisonnable, mon oeil, enfin l'un des deux tandis que l'autre reluque sans vergogne les skieuses, mon oeil donc tente obstinément de percer les mystères de son temps en analysant brillament les travers d'homo nivibus (cousin d'homo festivus)

Tang, tu es beau (c'est vrai), effroyablement lucide (j'en conviens) mais surtout fichtrement original et maousse couillu dans tes ambitions (certes!). Cela n'est que trop vrai: démonter les mécanismes de la société avec des mots, mon Dieu que cela est neuf! Je frémis encore de mon intrépide témérité iconoclaste...

Cette salutaire mise au point étant posée entre nous telle l'épée du fidèle Tristan entre son corps en émoi et celui affriolant de la belle Isolt, il nous est loisible d'entamer l'étude impartiale d'homo nivibus, l'ado minable homme des neiges...

 

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Homo nivibus (ni connus?) est quel que soit son âge un adolescent. Personne n'y peut rien. C'est tout à fait troublant. On a donc des adolescents qui se comportent assez logiquement comme tels mais aussi des adultes subitement revenus à l'âge ingrat et ça n'a pas l'air de les déranger. Au fond ils sont venus pour ça. Il faut les voir gruger dans les files d'attente des remontées mécaniques. Les entendre pester contre les noobs (nioubies), les débutants qui font "n'imp'" comme si eux-mêmes n'avaient jamais débuté avant de fanfaronner sur les pistes entre deux gamelles forcément mémorables. Des ados, rien que des ados mais sans la gêne délicieusement délicate de l'âge prépubère. Les seuls à venir sans arrières-pensées une fois de plus ce sont les gamins et rien que pour ça je ne peux pas en vouloir au grand Poelvoorde de C'est arrivé près de chez vous quand il accommode un peu la réalité imminente en beuglant: "Reviens gamin, c'était pour rire..." Etre naturel au ski, quelle prétention! Riez braillards, profitez bien de vos années d'insouciance car d'ici très peu de temps l'acnée fleurira sur vos faces tourmentées d'amourettes impossibles en pulsions inavouables. Ils n'en mourront pas tous mais tous seront touchés. Bien fait!

Après ce bref intermède ressentimental revenons dignement à notre cher (et  estimé) homo nivibus (actif de Dan0ne). D'emblée il nous faut reprendre l'observation avec plus de rigueur méthodologique. Avant d'étudier en propre homo nivibus il convient d'étudier l'environnement dans lequel il évolue. Mimile (Zola) ne nous le ferait pas dire, écoutons le, il n'a pas dit que des conneries après tout. Il en a aussi écrites pas mal.

La première chose qui attire notre attention concernant l'environnement d'homo nivibus c'est qu'il est blanc (l'environnement banane!). Notez, cela ne signifie pas nécéssairement qu'homo nivibus est raciste. Ni antiraciste d'ailleurs. En réalité c'ets tout simple, son environnement est blanc à cause de la neige. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle on parle d'homo nivibus puisque de piètres connaissances étymologiques signalent l'origine latine "nix, nivis, f: neige". Nous voilà rassurés, je sens que certains d'entre mes lecteurs en étaient empêchés de dormir avant ces lumières.

La seconde chose intéressante est le caractère éminemment pognivore de l'environnement précité. Homo nivibus appartient donc aux couches sociales aisées. S'il semble nécessiteux c'est un imposteur, car la légende des racailles défavorisées de cités à qui l'on paye des séjours de ski pour acheter la paix sociale est une légende de Jité ou d'agité (du bocal). Si bien qu'un homo nivibus aux allures de lascar n'est le plus souvent q'un bourgeois artificiellement encanaillé, parfois sans le savoir. D'autres fois ce peut-être un dealer, auquel cas vous pouvez essayer de toper une barrette. Notez que ce n'est pas toujours nécessaire, car il arrive que les précédents locataires aient laissé (par inadvertance) un pétard dans le canapé convertible immonde mais plus confortable que le sol moquetté d'ailleurs tout aussi immonde.  Quoiqu'il en soit le train de vie sporto-hivernal s'avère relativement peu nécessiteux-compatible, un rapide coup d'œil aux étiquettes du SuperU local devrait vous en convaincre assez rapidement.

Cependant homo nivibus est quelqu'un de très urbain malgré son jeunisme. On ne le voit jamais manifester en combinaison de ski avec une banderole contre la hausse des prix ou la baisse de son pouvoir d'achat. De nos jours le fait est assez rare pour être souligné. Brave homo nivibus

Je dis brave lui, il faudrait nuancer (il faut toujours nuancer, ça fait vieux sage de la montagne ou d'ailleurs, c'est bon pour votre tension et cela diminue votre cholestérol, enfin une étude américaine a prouvé que cela diminuait par 0.57 le risque de cancer du testicule gauche pour les hommes, la proportion étant sensiblement plus faible pour les femmes).

Homo nivibus en effet assume il est vrai deux ou trois défauts véniels à l'occasion tant il est vrai que celle ci fait le larron (il arrive cependant qu'elle le fasse marron).

Il se présentera notamment que l'homo nivibus rencontré ne parle pas français. La chose est pénible mais ne paniquez pas, tout n'est peut être pas perdu. En effet deux cas de figures peuvent alors se présenter au nivilogue: le spécimen peut être anglais, ou n'importe quoi d'autre (mais pas français). Dans ce dernier cas tout va bien: homo nivibus tentera tant bien que mal de se faire comprendre de vous dans la langue de Jean-Baptiste Poquelin.

Hélas, il arrive que l'étrangerté d'homo nivibus soit synonyme d'angligénie aggravée. Dans ce cas homo nivibus braille plus fort que tout le monde dans le premier troquet ou restaurant venu, et surtout il ne le fait qu'en Anglais, charge aux autochtones d'abandonner leur langue pour accéder à la pensée subtile d'homo nivibus britannicus. Si le faquin indigène s'obstine à parler sa langue, le perfide skieur d'outre-manche se vexe et court noyer son chagrin dans la bière du bar suivant où l'on daignera parler sa langue, si possible exclusivement (sic!). Comme les gens de goût aiment leur langue, singulièrement lorsque c'est le français savoureux et serti de suaves complications, notre malheureux homo nivibus bêtement rétif aux charmes du françois se détourne stupidement de la table gargantuesque et goûtue du Charbon de bois* et du comptoir des îles de la rhumerie* aux coquetèles délicieusement parfumés. Tant pis pour ces malpropres, ça leur apprendra à parler français, ces maudits rosbifs! Toute ressemblance avec du chauvinisme serait fortuite ou due au fait que ces enfoirés cochons, non contents d'avoir brûlé Jeanne d'Arc, nous ont poutré au rugby une ou deux fois de trop. Pour ce qui est de la langue, on ne va pas leur en vouloir de se comporter en colonisateurs si le mercantilisme conduit certaines âmes égarées à abandonner lâchement leur propre langue... Fermons la parenthèse (Let's close the parenthesis) 

Après avoir réglé nos comptes nous observons deux traits caractéristiques essentiels d'homo nivibus: il mange et il boit. C'est là que cela devient vraiment intéressant: outre le besoin irrépressible de skier (le plus tôt possible) la bestiole concède à la Nature quelques besoins purement biologiques. Ou pas ( (C) Professeur Rolin).

 

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Quand homo nivibus fait ses besoins, nous ne sommes pas déçus (proverbe tibétain). On ne tarde pas à constater que le bon sens tibétain n'est pas légendaire pour rien. Du côté des besoins biologiques, on l'a dit l'espèce mange et boit. Il boit trop. Surtout s'il est anglais. Soit, on le lui pardonnera.

Mais il ingurgite aussi non liquide, eh oui: il mange. Mal. Très mal. Soit en se bâffrant de spécialités de montagne 100 fois trop riches pour son métabolisme citadin même soumis à l'air raréfié et à l'activité sportive spatulée. Soit - et c'est bien pire! - en mangeant exactement la même chose que dans son chez-lui banlieusard ou parisien d'où il s'est échappé l'espace d'une semaine: kebabs, pizzas, vietnamien (dit chinois)... Tandis qu'autour de lui de succulents fromages savoyards frémissent autour d'une charcutaille puissament odorifère. Quelle misère!

Et ce n'est pas tout. Homo nivibus version 2008 a surtout des besoins technologiques. Les mêmes que dans son F2 cybernetisé en fait. Par je ne sais quelle aberration les stations de ski ont vu fleurir les accès internet. Car tenez vous bien: la bête a quitté sa petite vie citadine et branchée pour une misérable semaine mais durant ses 6 jours il lui faut poursuivre sa dose d'addiction internetique! Ex drogué du web encore loin d'être sevré j'ai cru rêver. Mais non: homo nivibus s'efforce d'aplanir l'écart entre son mode de vie habituel et sa semaine à la montagne. On n'arrête pas le progrès!

C'est là que nous en arrivons au plus terrible. Notre homme des neiges nouveau est un monstre véritable plus terrifiant que le Yéti d'Hergé. Incomparablement. il ne se contente certes pas de besoins biologiques ou technologiques. Oh, non! Il y a le reste l'accessoire (donc l'essentiel!). Car homo nivibus ne vient qu'une semaine, mais il faut qu'il baise. Soit. Mais grands dieux, l'effrayant de la chose c'est qu'à cette fin la folie consumériste va jusqu'à  fournir à la femelle nivibus des instituts de beauté, et pire encore, un magasin de lingerie "sexy". Pouah! Comme si ces délcieux artifices féminins avaient quoi que ce soit à voir avec la frénésie d'une semaine de ski! Abomination blasphèmatoire! Veau d'or détournant de la féminité véritable! C'est à désésperer l'humaniste que je suis. Que dis-je, à vous dégoûter le tenancier de blogue à femmes que je tente déséspérement de redevenir...

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Il faut conclure, concluons. Si vous êtes allés skier aux Deux-Alpes cette semaine vous avez peut-être croisé un specimen d'homo nivibus affublé d'un bonnêt de bouffon rouge et bleu, raide méccano sur ses skis, qui dévalait les noires entre sauts et gamelles avec la légereté d'une dameuse et en beuglant: "Yehaaaaaaa!!!"? Se peut-il que ce bonhomme partage avec le maître de céans une mortelle carcasse et un bout d'âme?

Hélas oui: voyant tout ce que j'avais vu, j'avais besoin de me calmer. Pas le choix. Surtout le coup des sous-vêtements coquins, même en me défoulant 6 jours durant j'en ai encore mal.

ET LA TENDRESSE B0RDEL?!!?! Voilà bien ce qui manque au ski... si vous n'y allez pas avec des amis chers.

 

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Notes:

* Le restaurant le charbon de bois et le bar à coquetèles la rhumerie régaleront vos papilles, émoustilleront vos sens et sabouleront votre cervelle si vous avez l'occasion d'y trainer votre carcasse fourbue après une journée de descentes effreinées... Encore faut-il que vous ayez choisi Les Deux-Alpes pour vous muer en homo nivibus... 

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