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lundi, 24 mars 2008

Leçon de style: Erri De Luca

"Le psaume des assassins

On appelle psaume de pénitence le psaume cinquante et un, mais il n'est pas triste, ni plaintif: il est au contraire tumultueux. David répond d'une faute grave, il l'expie et il épuise l'éloquence de sa peine. Il a commis un crime: il a envoyé à la mort au combat un homme pour épouser sa femme, la splendide Batshéva, Bethsabée. Du haut de sa volonté de roi, il a donné l'ordre scélérat qui a été exécuté: Urie le Hittite est laissé seul dans la mêlée. Dieu, en colère contre lui, lui enlève l'enfant premier-né de cette union et l'éloigne même du trône pour une longue période.

(...)

David demande à être lavé de cette faute, à être rendu plus blanc que neige et, au cours de sa requête, il décharge son terrible impératif à Dieu: hazzilèni middammim*, "libère moi des sangs". Ce n'est pas une prière mais un ordre, et qui contient le plus brutal des "tu" d'un homme à l'adresse de Dieu.

(...) 

A la fin, le psaume offre une parole chère à ceux qu'irrite le faste de certaines cérémonies religieuses. David assure que: "Les sacrifices d'Elohim sont un esprit brisé, un coeur brisé." Dieu accueille près de lui l'homme blessé, tel est le sacrifice qui lui plaît, non pas la grande pompe de l'indemne. David l'a appris de Samuel, prophète et prêtre en Israël, qui l'oignit roi à la place de Saül. Il avait déjà vainement enseigné à Saül: "Obéïr est préférable au sacrifice, écouter est préférable au gras des moutons." David va plus loin et définit la manière d'écouter et d'obéïr: un coeur brisé.

Et au terme de cette lecture d'un psaume d'aventures: le monde est plein d'assassins, verseurs des sangs d'autrui. Je souhaite à chacun d'entre eux, à chaque assassin, d'arriver à atteindre l'impératif de David. Hazzilèni middammim, qu'il paie ou non sa dette envers les hommes, c'est le vers seize du psaume cinquante et un qui est son but. Car il y a un moment où tout assassin sera de nouveau seul avec sa victime. Tout autour il n'y aura ni guerre ni haine pour le soutenir, le justifier, l'approuver. Il sera seul et, sans le vers de David, il ne sera rien."

Erri De Luca, Première heure, traduit de l'italien par Danièle Valin (Rivages poche/Petite Bibliothèque)

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Notes:

* Hazzilèni middammim: littéralement "libère moi des sangs!" en hébreux ancien, langue qu'apprit Erri De Luca à seule fin de lire la Bible dans le texte...

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Commentaires

C'est souvent pour lire la Bible que l'on apprend l'hébreu, oui.

Ecrit par : O. | lundi, 24 mars 2008

Bonsoir O. (promis je ne m'otorise ocun jeu de mots graveleux...)
Je crains de n'avoir pas la force de caractère pour consentir à ce "petit sacrfice" comme le dit je crois De Luca que je cite de mémoire ayant obéï au souhait du dit concernant les livres (il voyage donc dans le sac d'une soeurette puisque mon grand frère l'a délaissé "faute de temps", peu importe il y viendra...)

Tang

Ecrit par : Tang | lundi, 24 mars 2008

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