mercredi, 09 avril 2008
De quoi le personnage est-il mort ?
(Une enquête exclusive de l'inspecteur Tangleding)
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Etant un bonhomme conséquent - au point que je me trouve souvent ennuyeux - je ne conteste aucunement la mort du personnage. Après tout si les nouveaux romanciers l’ont dit. Notez, je n’ai rien contre les nouveaux romanciers, ni contre les notaires. D’abord, comme ces derniers ceux-là ne m’ont jamais manqué. D’ailleurs ils m’ont si peu manqué que je ne les ai – à ma grande honte – jamais lus. Du moins si l’on prend la peine d’exclure Duras de leur charmante troupe. On me dira que c'est arbitraire, cette exclusion à l'emporte-pièce. Je ne le conteste pas non plus: c'est au moins aussi arbitraire que d'inclure la bonne dame à la vague du nouveau roman, ce qui relève certes d'une audacieuse conception sinon de l'histoire littéraire, du moins de la mécanique des fluides mais plus sûrement encore de la grammaire. Enfin qui nous reprochera d'exclure Marguerite Duras? Voir, quand on commence à mettre un écrivain dans une case avec de plus ou moins louables intentions on l’anesthésie de son talent - Duras faisait une excellente tarte aux pommes. Si la mise en case est trop appuyée il y a overdose, et point n’est besoin d’être anesthésiste pour deviner l’effet de l’opération. Oublions Duras, pour beaucoup cela ne demandera guère d'efforts.
Soit. Sans autre intention que de respecter leurs volontés propres je continuerai d’appeler nouveaux romanciers les auteurs de nouveaux romans. Dans ma précipitation - coupable, très coupable! - j’avais frappé « atueurs »… mais le préfixe « a » est privatif, qui ne le sait ? On voit par là que je n’ai vraiment aucune sorte de rancœur à l’égard des romanciers théoriciens de la mort du personnage. Et pourtant, comme je les aimais ces petits drôles typographiés, oui même les plus prévisibles. Mais que voulez-vous, la vie est trop courte pour la rancœur, rien n’est plus certain puisque je l’ai lu sous la plume d’un ami et les amis servent précisément à cela : nous rappeler ce que l’on ne devrait jamais oublier. Un ami c’est une mémoire de secours, c’est notre mémoire sans défaillances. Les médecins sensés ne prescrivent rien d’autre à leurs patients atteints d’Alzheimer. Mais les médecins sensés sont de plus en plus rares, on finira par oublier qu’ils ont existé. Comme les personnages d’ailleurs.
Je ne suis pas médecin, je ne suis pas grand-chose en fait. Surtout en ce moment. Partant de si peu on ne s’étonnera pas que j’en ai tant écrit sans avoir dit grand-chose. C’est un don qui me fut donné pour égayer un peu les soirées de correction de mes innombrables professeurs que j’affligeais consciencieusement de rédactions-fleuves; le jeune Hugo n’était pas plus fat sans doute mais il avait l’excuse du génie, du moins y tenait-il tant qu’on se doit de le lui reconnaître. Je sais quelqu’un qui aurait des choses fort intéressantes à dire sur cette question du génie, il les garde pour ses amis, sa mémoire, tant pis pour vous. Cette mignonne digression n’éclaire guère la mort du personnage dont je voulais parler sans être pourtant médecin-légiste. Cela tient sans doute à quelque fatuité dont je me suis mal départi.
Eh bien voilà, je vous l’annonce à mon tour sans être ni médecin-légiste, ni néo-romancier, pas plus notaire et à peine professeur (si peu) : le personnage est mort. Etant par contre un peu détective j’ai mené mon enquête. Comme tous les gens de ma profession j’ai bien sûr une loupe, un flingue et un imper gris, sans eux je n’aurais pu relever le moindre indice, faire la moindre filature, je n’aurais jamais su de quoi étaient mortes les chimères de papier et d’encre que l’on nommait personnages du temps qu’ils étaient de notre monde. On ne dira jamais assez que la résolution de l’énigme n’est due qu’à l’imper gris, au flingue décoratif et à la loupe qui ne l’est pas moins.
Evidemment quand on enquête sur la disparition d’une chimère on adapte un peu ses accessoires: j'avais choisi les mots, j'ai la faiblesse de les croire bienveillants. Dans un mauvais film on dirait qu’il y en a autant que d’étoiles dans le ciel et ce serait après tout le meilleur passage de la séance. Nous ne sommes que dans une médiocre chronique, on dira que les mots ne sont qu'autant qu'il y a de choses en ce monde et d'idées pointant vers le royaume des cieux, et c'est déjà beaucoup. Je ne les ai donc pas tous utilisés: quand on écrit il faut savoir gaspiller avec parcimonie. Malgré tout j’en ai quand même empruntés quelques uns, je les ai mis bout-à-bout, en m’efforçant de traiter avec égard une vieille dame que nous devons aimer comme notre grand-mère qui parfois nous oublie tandis que c’est nous qui souvent oublions la grammaire.
Alors, mis bout-à-bout, les mots ont démêlé l’énigme, et j’ai enfin su de quoi étaient morts les personnages. On croit que ce sont les nouveaux romanciers qui les ont tués, mais c’est faux : en vérité les personnages sont morts parce qu’on ne sait plus faire de description.
Les néo-romanciers s'en sont excusés comme ils ont pu et c'est ce qui a abusé le monde: on ne se méfie jamais assez des fausses élégances.
S’ils avaient été conséquents, les théoriciens (ah ! ah !) du nouveau roman auraient d’ailleurs proclamé la mort de deux autres chimères avec celle du personnage dont ils revendiquaient l'assassinat. Et de fait, quand on surveille attentivement la surface iridescente des vrais romans on se rend bien compte que les objets et les paysages sont vivants. En ouvrant vraiment les yeux on le voit encore pour peu que l'on daigne feuilleter les pages de la Création. Mais quand un auteur ou un photographe nous montre discrètement ce qu'il faut regarder c'est déjà plus facile bien sûr.
Hélas, tous ces chers disparus ne sont jamais morts que de chagrin. C'est trop cruel enfin: la promise et sa longue traîne de mots enfuie le jour même des noces, les chimères, qui sont des êtres charmants et sensibles, succombèrent de douleur en pleurant leur amour trahi.
Il va donc falloir réapprendre à séduire cette belle intraitable: si vous voulez écrire un roman, entrainez-vous à la description. L'intrigue suffit à tendre l'admirable mécanique d'une nouvelle, le roman est plus vorace, il aspire à engloutir la Création, c'est une sombre divinité réclamant impassible l'encre sacrificielle des descriptions. La description est la Charité de l'écrivain.
03:00 Publié dans Littérature | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Tags : mort, personnage, nouveau roman, duras, description, médecin, légiste







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Commentaires
Très cher Tang, ça fait du bien de vous lire ! Ajoutez également la mort de la focale, certains auteurs ne sont plus qu'en mode sujet. Tout est décrit du point de vu du personnage lui même très peu dépeint et dans un décor sommaire : Il a fait ceci puis il a fait cela mais il a dit ceci car il ne pensait pas que cela... Il n'était pas d'accord, la nuit tombait et il devait blablabla... (J'exclue bien sûr moi aussi la nouvelle de cette remarque) avec une utilisation affligeante voir rudimentaire de l'alternance entre "Il", "le type", "le gars", "M. Machin", "Aloysius Tartempion", "notre homme", "ce brave notaire" et j'en passe et des moins bonnes. :o)
Lisez Rick Bass, ça devrait vous faire des vacances :o)
Ecrit par : Loïs de Murphy | mercredi, 09 avril 2008
Arf! ça devait être quelque chose, les rédactions du jeune Tang! :)
Roman "vorace", qui "aspire à engloutir la Création", belle formule, je note!
Le personnage peut-il seulement mourir? J'ai un doute là dessus; dans les romans d'aujourd'hui, je le vois bien souvent rampant, rasant les murs en baissant les yeux, maigrelet, réduit parfois à une simple voix comme dit Loïs, esseulé, perdu dans un décor vide (je n'avais pas fait le rapprochement avec la fin de la description, merci pour cet éclairage)... mais pas tout à fait mort encore. Du reste, je signe une pétition pour la sauvegarde et la protection des dernières tribus de personnages vivants quand vous voulez.
Ecrit par : Marco | mercredi, 09 avril 2008
@Loïs: Très chère vous,
Merci pour Rick Bas d'abord, je note, je note.
Vous avez probablement raison sur la focalisation, c'est d'ailleurs ce que me disait un autre ami avec qui je parlais des difficultés propres au récit, difficultés dont l'existence nous échappe à la lecture et qui ne nous apparaissent vraiment que lorsqu'on se pique de raconter une histoire. Rien n'est plus difficile contrairement aux apparences.
Je vous sais gré d'avoir apporté cette information supplémentaire pour nourrir cette enquête. Je dois vous confesser qu'elle ne s'appuie de mon côté que sur une intuition que Marc (que je salue) a pointée avec justesse: la mort du personnage (il vivote oui Marc bien sûr, il n'est pas mort mais il faut tricher un peu avec les faits pour la beauté des phrases ainsi que l'expliquait Vialatte), cette mort est peut être liée à la difficulté des descriptions, difficulté fuie.
Cette intuition a plusieurs sources: ma propre difficulté dans le domaine de la description et ma propension à la fuir sans même en être conscient (qu'est-ce sinon que de choisir la nouvelle?) d'une part, et d'autre part la difficulté des lecteurs de notre époque avec les "longues descriptions". Il y a aussi sûrement quelques impressions de lectures en réalité (la sensation d'un manque, ténue donc mais persistante)
Sans être un grand lecteur de Gavalda and co je suis certain qu'on n'y trouve guère de longues descriptions "rebutantes" (j'adore cela pour ma part)
Tout cela pour en venir à ceci: j'aimerais lancer dans une prochaine note un petit jeu blogosphérique dans ce domaine, un peu comme un sujet de rédaction de collège soyons humbles. Vous partez il me semble Loïs avec une longueur d'avance.
Bien à vous
@Marco:
Ah mes rédactions de collégien, il faudra que j'en raconte une ou deux qui m'ont marqué dans le vif de mon amour propre... Elles avaient le défaut que j'ai toujours: un instinct très sûr me poussait à sortir de l'esthétique de mon écrit pour assouvir d'irrépressibles gamineries! Une de mes profs en 6ème eut une désillusion cruelle en lisant mon récit de rêve. J'espère qu'elle va bien cette pauvre femme. Ah souvenirs...
Je vais faire mon ennuyeux mais la formule que vous citez ne mpe semble pas très neuve et je ne me la pardonne que parce qu'elle arrive à la fin de la note, après près de trois heures de gribouillage. Les notes à fausses chutes (chutes multiples) que j'affectionne requièrent un certain travail de raccord dont je ne sors pas toujours vainqueur du reste.
Cette note discordante apportée avec mon tact coutumier je signe votre pétition quand vous voulez mais on peut peut-être en faire l'économie en faisant vivre quelques personnages sur nos blogs, en attendant mieux... ;)
Ecrit par : Tang | mercredi, 09 avril 2008
J'adore les commentaires de Marc. Je me couche moins bête après les avoir lus en général.
Très cher Tang, point trop de flatterie avec moi, cela marche du feu de Dieu, aussi n'en abusez pas :o)
J'attends votre jeu de rédaction collégienne et blogueuse, c'est une chouette idée.
Ne pensez pas que la nouvelle (dont je raffole) s'écrive faute d'achever un roman ou d'en maîtriser la trame ou l'étoffe, c'est vraiment un genre à part entière. Je ne connais pas vos écrits, mais peut-être cet art du bref vous convient-il ?
Je vous conjure de lire Platte River de Rick Bass, 7€ aux éditions Bourgois. Trois nouvelles d'environ 60 pages chacune. Allez sur le blog de Thierry Guichard ou son site du Matricule des Anges pour vous en convaincre si besoin. J'ai recopié la première page de la première nouvelle sur le blog-it express de mon blog si vous avez besoin d'un extrait.
Vous avez et la concision, et les descriptions de paysages, l'étoffe des personnages est palpable etc. Un bijou dont je ne me remets pas ! A tel point que je n'arrive pas à en faire un compte-rendu de lecture.
Amicalement
Ecrit par : Loïs de Murphy | mercredi, 09 avril 2008
Vous vous trompez, cher Tang, les personnages ne sont pas morts; au contraire, ce sont les romans sans personnages ni objets ni paysages qui sont morts, et certainement même morts-nés, n'en déplaise au journalisme pour lequel toute nouveauté doit par principe être supérieure... Dans le théâtre, cette littérature à présent désuète, illisible au commun, les personnages aussi, quoiqu'objets et paysages leur aient été accessoires, ont été réputés caducs, et pourtant ils survivront à toute cette imbécillité patentée...
Bonsoir
Ecrit par : Pascal Adam | mercredi, 09 avril 2008
@Loïs, douce Loïs,
Ah mes bas instincts dragueurs reviennent... Excusez-les à défaut de m'excuser charmante: c'est que j'ai une réputation à tenir sur VB (étant assez fier de l'expression "blogue à femmes" dont j'affublais ma petite chose en d'autres temps)
La flatterie ne vous déplait pas donc? ce doit-être que vous changez de boucles d'oreilles ainsi qu'il sied au représentantes de votre sexe. Aussi vous pardonné-je. (z'éternelles)
J'ai fuliginé une fois de plus en dissertant sur les charmes comparés de la nouvelle et du roman. Défuliginons un peu tout cela, ma psy m'a déconseillé formellement toute équivoque notamment auprès des dames que je courtise. Je ne disais pas que la nouvelle était toujours un choix par défaut pour romancier raté Loïs!!!
En vérité j'ai toujours été très attiré par la nouvelle, le genre m'attire, je m'y suis déjà essayé, j'ai deux ou trois trames en suspend d'ailleurs.
mais il se trouve que j'ai récemment écrit une nouvelle (voir le lien en haut à droite: "La dislocation", excusez-moi si l'intitulé est un peu douteux, c'était du 14ème degré) et cependant à la base j'aurais voulu en faire un roman mais je n'ai évidemment pas le "métier" pour cela et tout cela a fini en eau de nouvelle à mon corps défendant. (d'où le chapitrage ridicule pour 20 pages).
C'est en grande partie de cet épisode que j'ai conclu que la description me faisait peur, et de fil en aiguille j'en suis venu à me demander si la mort du personnage n'était pas plus ou moins une façon de fuir la difficulté des descriptions, tant à l'écriture qu'à la lecture. La critique du nouveau roman n'était qu'un point de départ, pas tout à fait gratuit certes mais ce n'était pas le but de ma note.
Je note en tout cas la référence que vous me donnez avec Platte river, une lectrice qui apprécie Erri De Luca doit être écoutée si du moins vous n'en pincez pas que pour ses beaux yeux... (j'écris moins bien, n'ai que les yeux verts mais je suis plein d'avenir... c'est tout ce qu'on m'accorde d'ailleurs!)
faut que je finisse les mots de Sartre, je suis poussif en lecture ces derniers temps, ce n'ets pourtant pas si mauvais... Mais je vous ferai part d emon impression sur les dites nouvelles de Bass prochainement. :)
Merci à vous Loïs (pour votre patience si vous ne claquez pas la porte après ce commentaire)
Chaleureusement (pas trop, pas trop n'ayez crainte!)
@Pascal Adam,
Changement de regsitre... ;) Damned cher Pascal, je crois que mon billet est pris un peu trop au sérieux, bien entendu que le personnage n'est pas mort! Comme je le disais à Marco je ne reprenais la formule néo-romancière que pour mieux étriller un peu le nouveau roman (en toute gratuité il faut bien le dire et j'ai cette honnêteté) et surtout pour ménager le suspense autour du véritable objet de ma note: la difficulté des descriptions et leur refoulement hors du champ littéraire dans la "production" contemporaine (mais no pas dans les vrais romans vivants!)... Mais je le redis ce n'est là qu'une intuition amenée par les mots à la suite d'une impression diffuse. Pour ce qui est du théâtre, j'aime assez le lire pour ma part mais le genre est tout de même destiné à la scène. Enfin on se dirige vers un sujet de disserte du CAPES, la pente est glissante!
Cela n'empêche pas en effet que les mêmes problématiques soient apparues comme vous le faites remarquer.
Bonsoir à vous,
Tanguy
Ecrit par : Tang | jeudi, 10 avril 2008
Qui était la bête noire des prophètes du N.Roman ?- Balzac. Le grand maître de la description, cette tentative d'épuiser le réel. Aujourd'hui, combien de lecteurs paresseux -ou rendu paresseux- vous diront que Balzac "non, c'est trop ennuyeux avec toutes ces descriptions". Les romanciers modernes veulent du succès,et la première règle pour l'obtenir est de pas ennuyer le lecteur...
Breton (et Valéry donc! ) bien avant nos auteurs-éditions de Minuits, attaquât la description, allant jusqu'à tenter de la remplacer par des photos. Tentative idiote et ratée. Mais indice intéressant. Je disais que la description était une tentative d'épuiser le réel (voir sur cette question l'excellent "Du descriptif" de Philippe Hamon, jargonneux en diable mais le sujet l'exige). Hors qu'est ce que le réel aujourd'hui, à l'heure de l'image, ciné-télévise et maintenant second life ordinateur et console?
Puis, quels milieux décrire? Balzac pouvait peindre la société née de la Révolution -comme Dostoievsky ce moment où dans les salons l'aristocrate pouvait rencontrer le petit fonctionnaire et le gros bourgeois. "Les possédés" n'aurait pu être écrit à une autre période de l'histoire Russe. C'est aussi l'époque de Tolstoï et Gontcharov arrive. Il faut que l'Histoire ait donné une matière à peindre. Après le Voyage au bout de la nuit (guerre de 14, Amérique, monde d'après la première guerre) Et Mort à crédit (monde d'avant la 1ère guerre, enfance) Céline ne retrouvera le roman qu'en devenant le "chroniqueur" de l'écroulement de Vichy et du grand Reich dans d'Un château l'autre, Nord.
Si l'Amérique du sud ( plus encore qu'à G.G.Marquez ou Diadorim de Rosas je pense ici à Ernesto Sabato que je tiens pour un très grand écrivain) est encore capable de nous donner des "vrais" romans ( c'est à dire de construction traditionnelle ce qui n'empêche nullement la matière d'être "résolument moderne") c'est que ce continent est encore habité par le tragique de l'histoire. C'est bien atroce à dire, mais il semble bien que le tragique soit nécessaire à l’écriture habitée , suffisamment inspirée pour emplir l’espace du roman. Et que l'espèce d'immobilité (apparente bien sûr, mais je parle d'une impression, pas du "long temps) qui englue notre société, le règne d'un "confort" consumériste, l'uniformisation, soient autant de facteurs qui conduisent à une écriture plate, blanche, une écriture épuisée qui déguise son impuissance en méthode.
Maintenant, combien le 19ème a-t-il produit en France de grands romanciers… Siècle fils de la Révolution et qui connu Napoléon la chute de la Restauration, 48 l’invasion Allemande la chute du second Empire et la Commune… Et qui peut dire ce qui de cache sous l’avalanche des quelques 750 "nouveautés" sans parler de ce qui est refusé. J’ai entendu un éditeur reconnaître qu’aujourd’hui, il ne publierait pas T.Mann…trop long.
J’en reviens à la paresse du lecteur. Ce qui explique le succès de ces textes où les phrases sont courtes, peu rythmées, guères soucieuses de style. Sujet verbe complément…un peu de coordination et des subordonnées aussi simples que possibles. Et pas trop hein ! Surtout ne pas ennuyer. Ca ne me gênerait pas si cela ne conduisait les éditeurs à refuser les romans que n’effrayent pas les phrases de 20 lignes et les pages entières de descriptions. Encore une fois, combien de lecteurs supportent désormais la splendide description de la maison Claës qui ouvre "La recherche de l’absolu". Pourtant, il suffit d’une étude un peu serrée du texte - la description, quand elle vient d’un authentique écrivain, participe à tout l’univers du texte, à sa diégèse. D des échos se tisse entre elle et le thème, échos oh combien profonds -voir le début du "Curé de village" de Balzac.
A part le problème de la matière historique (simple "fusée" lancée ici, rien qu' un "peut-être") Comment l'écrivain contemporain peut-il concurrencer la précision de l'image? Est-ce un hasard si l'un de nos derniers écrivains du plus grand talent (+1994), Calaferte, use d'une prose émotive, d'un tourbillon lyrique qui transmue chaque description en une longue mélopée proche du poème où l'image, précisément, n''obéit plus à la représentation du réel. Remarquons en passant qu’un auteur de talent comme Kundera revendique l’absence de description du personnage "son corps avec son visage nous reste complètement inconnu" écrit-il en parlant d’une de ses créatures. Il rejette aussi comme épuisé le roman psychologique. ("Lart du roman" kundera)
Bref, paresse du lecteur, règne de l’image, épuisement de la matière romanesque, nécessité pour l’écrivain de renouveler l’art du roman s’il ne veut pas être qu’un suiveur… (ce dernier point étant évidement le plus problématique) Ce sont là quelques pistes qui peuvent aider à comprendre la lente disparition de la description (la focalisation a partie liée aussi avec la comlexité et sans doute le cinéma, toute la narration par l'image qui ont donné l'habitude d'un regard immédiatement compris. Là encore, absence de difficulté et mauvaise humeur à l'égard du livre de ceux qui trouvent trop douloureux à suivre un "cheminement de regard"non prémaché).
(Et n’allez pas imaginer que je suis prolixe vénéré Tang, j’abrège énormément ! )
Ecrit par : Restif | jeudi, 10 avril 2008
Ah au fait : la note est vraiment très bien troussée. Si, si. Et ne venez pas protester au nom de je ne sais quelle poétique tordue dissimulant un profond désir d'être mécontent de ce qu'on a fait!
Et prenez un peu de repos - "poussif en lecture"? REPOS!!!
Vous savez que c'est charmant un vouvoiement impromptu qui s'éveille dans un bosquet de lettres?
Ecrit par : R. | vendredi, 11 avril 2008
Ami,
je vous ai lu, le temps va me manquer encore quelques temps avant de pouvoir écrire tout ce que m'inspirent vos commentaires, c'est que je reçois de la famille ce soir et rien n'est prêt (ayant du courir de façon impromptue pour apposer mon paraphe en d'autres lieux)
Merci pour tout et notamment vos lumières savantes autour de mes jeux de phrases. Pour une fois et en espérant que cela vous rassure je n'étais pas trop mécontent de ma note, qui s'est imposée à moi à une heure indue (diable je voulais me coucher mais enfin j'ai dû être déraisonnable). Elle m'a demandé quelques efforts et c'est sans doute la raison pour laquelle je m'y suis attelé à mon corps ensommeillé défendant...
Portez vous bien et bien des choses que vous savez dans votre entourage,
Amitié,
Tanguy
Ecrit par : Tang | vendredi, 11 avril 2008
Je sors d'un stage de trois jours sur le théâtre de l'objet dans lequel on m'a dit sur tous les modes et sur tous les tons que le seul personnage encore existant en notre monde était l'objet. Beaucoup de Kantor mal digéré, m'a-t-il semblé, dans les propos de certains. Pour ma part, je me suis toujours dit que la disparition du personnage dans la fiction d'après-guerre était une façon d'éluder les questions posées par l'Histoire récente du pays, comme si on ne pouvait plus faire du personnage avec des personnes qui étaient passées par une période si trouble. Affaire de description du Réel récent devenue impossible, en effet... Le fomatage éditorial est depuis lors, de toutes façons, une affaire entendue, hélas.
Cordialement
Ecrit par : solko | vendredi, 11 avril 2008
C'est bien ce que je dis, cher Solko. Mais je suis bien incapable de passer un CAPES, mon cher Tang...
Ecrit par : Pascal Adam | samedi, 12 avril 2008
Solko,
Est-ce que le XXème siècle est vraiment plus troublé que les précédents? je veux dire pour ceux qui sont dedans? Je n'en suis pas sûr. Je ne suis pas certain d'être toujours très convaincu par l'absurde post GMII qui a souvent un peu bon dos... Ceci dit par goût du pinaillage gratuit...
A bientôt
@Pascal Adam: Le CAPES est à porté de médiocrité, je l'eus sans coup férir (médiocrement cela va sans dire). Un étudiant moyennement doué peut l'obtenir en travaillant sérieusement si la chance lui sourit un peu. A l'inverse je connais des gens brillants qui ne passent pas la barrière des oraux (trop atypiques?)...
Bien à vous, j'ai pensé à vous deux en mettant en ligne ma dernière note, puisque vous aimez le théâtre.
Ecrit par : Tang | dimanche, 13 avril 2008
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