vendredi, 28 novembre 2008
Robert-Louis STEVENSON: Les porteurs de lanternes
"On dit qu'un poète est mort jeune dans la poitrine des plus compassés. On pourrait soutenir plutôt que ce barde (quelque peu mineur) a survécu dans presque chaque cas, et reste pour son possesseur comme le sel de la vie. On ne rend pas assez justice à la versatilité et à l'insondable puérilité de l'imagination humaine. La vie d'un homme peut n'être, en apparence, qu'un grossier tas de boue - mais dans le coeur de celui-ci soyez sûr qu'il est une salle dorée, où il vit dans le ravissement: aussi sombre que puisse paraître son chemin à un observateur, il n'en porte pas moins à sa ceinture, lui aussi, une sorte de lanterne sourde."
R. L. STEVENSON, Les Porteurs de lanternes,
in Essais sur l'art de la fiction (Traduit de l'Anglais par France-Marie Watkins et Michel Le Bris, Editions La Table Ronde, p. 53)
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Si vous prétendez écrire on vous demandera fatalement quel public vous visez, pour qui vous écrivez. La réponse est là: pour la lanterne sourde, et seulement pour elle. Lisez ces essais vraiment, on peut les trouver pour 10€ dans la Petite Bibliothèque Payot. Ou un peu plus cher (15€) d'occase à la Table Ronde pour les snobinards et les amateurs de gros caractères. Ou encore pour les vrais aristocrates dans les oeuvres complètes en Pléïade.
L'essentiel est de lire ces textes. C'est de l'or en barre. De la critique romancée, partant de souvenirs d'enfance ou de notations - de là cette énigmatique histoire de lanterne sourde qui doit vous titiller l'imagination... Ne comptez pas sur moi pour cracher le morceau! Achetez c'est un ordre. Lisez! (Manu, tu attendras que j'ai terminé ces 400 pages, il m'en reste 350 je crois, j'aurais le temps de citer d'autres passages pour te faire patienter...)
J'y songe, la sécu ne rembourse pas une heure de conversation littéraire (sans majuscule) avec un camarade. La sécu est une grande fille je n'ai pas de conseil à lui donner. Tant qu'on pourra causer littérature dans un café malgré la FM incontinente, ou dans les rues bruyantes en dépit du froid rugueux de l'hiver précoce, la vie ne sera pas un si lourd fardeau.
NB: La photo est grapillée sur le site Ebay du vendeur chez qui je me suis procuré l'ouvrage, j'en parlais récemment. Comme il y a une contremarque j'ai cru pouvoir l'afficher ici sans l'en avertir (je ne souhaitais pas parler de mon blog, même si l'embryon de conversation que nous avons eu hier était intéressant)...
16:41 Écrit par Tangleding (Webmaster) dans Des Maîtres | Lien permanent | Commentaires (24) | Trackbacks (0) | Tags : stevenson, robert louis, essai, art, fiction, porteurs de lanternes, roman |
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Commentaires
J'en suis à la moitié de cette lecture et vraiment j'en arriverai à le citer en intégralité si je m'écoutais. Je copierai de nombreux extraits si je le peux, c'est vraiment extrêmement nourrissant. Toutes les problématiques de l'écriture romanesque y sont abordées, y compris la polyphonie...
Bref je ne suis pas blindé sur le plan critique comme d'autres mais vraiment je ne conseillerai rien d'autre à d'apprentis scribouilleurs.
J'ai eu un mal fou à lâcher ma lecture sur le coup de 6h du matin... Un tel retour d'adolescence ne m'était plus arrivé depuis des âges...
Écrit par : Tang | dimanche, 30 novembre 2008
Merci beaucoup des extraits que vous nous offrez (offrirez ?! ) ici, c'est absolument splendide. Bon dimanche à vous. (Mais à la réflexion je crois aussi que je vais l'acheter, merci pour cette découverte)
Écrit par : Sophie L.L | dimanche, 30 novembre 2008
Merci Sophie, bon dimanche à vous. J'ai copié moult citations dans mon carnet je les taperai dès que possible. Mais achetez ce superbe ouvrage, c'est vraiment merveilleux. Je le prêterai à droite à gauche dès que je l'aurai fini et en aurai copié les extraits tentateurs...
Écrit par : Tang | dimanche, 30 novembre 2008
Je l'achète dès mardi! (Et comme je viens de voir que mon fil d'haricot est dans "belles gens" je pâlis de plaisir, merci)
Écrit par : Sophie L.L | dimanche, 30 novembre 2008
Je crois Sophie que vous pourrez aussi acheter sans regret "L'esprit d'aventure" autre ensemble stevensonien recueilli par Le Bris... Il s'y trouve notamment un texte intitulé "The day after tomorrow" (ce qui nous attend demain) sur l'avenir pressenti du socialisme, cela m'intéresse fort. (je citerai un passage bientôt où Stevenson évoque le don de prescience du roman, cela intéressera l'ami Restif je pense)
Écrit par : Tang | lundi, 01 décembre 2008
PS: AH "belle-gens", les elfes ne sont pas toujours des enfants de chœur pourtant... Mais c'est un monde qui s'en va, et je trouve que cela exprime bien l'emprise maléfique des forces mélancoliques à l'œuvre dans un petit coin de la blogoboulette...
Écrit par : Tang | lundi, 01 décembre 2008
Eh bien on roupille? Je veux dire j'avais quand même défiguré une phrase ainsi:
"On ne rend pas assez DE justice à la versatilité et à l'insondable puérilité de l'imagination humaine. "
C'est désormais corrigé, mes excuses à R.L. Stevenson et aux visiteurs de VB (je leur pardonne leur inattention car à vrai dire mon écorchure jurait tant qu'on ne pouvait pas ne pas la lire selon le génie de Stevenson - il m'a fallu passer par l'impression pour voir mon erreur)
Écrit par : Tang | mercredi, 03 décembre 2008
Mais non,voyons, il ne faut pas le "DE", c'est bien "On ne rend pas assez justice..."
Écrit par : vianney | mardi, 27 janvier 2009
Bonjour,
Bien sûr, c'est justement la correction que j'ai apportée au billet. En commentaire apparaît la faute initiale de copie qui défigurait l'extrait.
Nous allons finir par nous comprendre et surtout comprendre Stevenson.
Écrit par : Tang | mercredi, 28 janvier 2009
Ah, ok :)
Écrit par : vianney | lundi, 09 février 2009
Je vous remercie de votre attention vraiment messire(?) Vianney... J'ajoute que très probablement citerai-je un de ces jours à nouveau RLS car j'ai acquis "Devenir écrivain", "En canoe sur les rivières du Nord" et j'ai encore les Nouvelles milles et une nuit... Enfin bref de quoi lire et offrir... A l'oeil aimant et sagace.
A bientôt
Écrit par : tanguy | lundi, 09 février 2009
On dit qu’un poète est mort jeune dans la poitrine des plus flegmatiques. On peut soutenir, plutôt, que ce barde (quelque peu mineur) dans presque chaque cas survit, et est le piment de la vie pour son possesseur. Justice n’est pas rendue à la versatilité et la puérilité insondée de l’imagination de l’homme. Sa vie de l’extérieur peut ne sembler qu’un grossier mont de boue ; il y aura quelque chambre d'or au fond, où il demeure enchanté ; et pour sombre que semble son chemin à l’observateur, il aura quelque espèce d’œil de boeuf à la ceinture.
It is said that a poet has died young in the breast of the most stolid. It may be contended, rather, that this (somewhat minor) bard in almost every case survives, and is the spice of life to his possessor. Justice is not done to the versatility and the unplumbed childishness of man's imagination. His life from without may seem but a rude mound of mud; there will be some golden chamber at the heart of it, in which he dwells delighted; and for as dark as his pathway seems to the observer, he will have some kind of a bull's-eye at his belt.
:)
Écrit par : vianney | samedi, 21 février 2009
Merci merci M. Vianney! Avec le texte d'origine en regard, vous êtes un pur! De qui est la traduction proposée ici (moins "littéraire", plus littérale assurément)?
Écrit par : tanguy | lundi, 23 février 2009
C'est ma traduction. Je peux y voir plusieurs points à modifier. La règle de base est de ne pas ajouter ou enlever de mots, ni changer la forme de la phrase.
Voici une correction :
Sa vie de l’extérieur peut ne sembler qu’un grossier mont de boue ; il y aura quelque chambre d'or au coeur d'elle, où il demeurera enchanté ; et pour sombre que semble son chemin à l’observateur, il aura un œil de boeuf de quelque genre à la ceinture.
Écrit par : vianney | mercredi, 25 février 2009
Eh bien merci beaucoup de vous donner tant de peine!!! Lorsque vous parlez de règle de base, vous évoquez la traduction littérale? Une traduction littéraire doit je suppose s'en affranchir sans scrupule...
Écrit par : tanguy | samedi, 28 février 2009
Je ne pense pas. A mon avis il faut être littéral ET littéraire. En tout cas, en ce qui concerne Stevenson, toute modification du texte original aura pour conséquence une dilution de sa pensée. Chez lui la pensée et le style ne font qu'un.
Écrit par : vianney | lundi, 02 mars 2009
D'accord, et j'en suis bien d'accord. cependant il y a nécessairement une part de trahison dans la traduction (bonjour le lieu commun). Ici ainsi me gêne cet oeil de boeuf car disparait alors le parallèle fait par Stevenson avec l'aventure enfantine des lanternes sourdes.
En tout cas sachez que votre sollicitude à l'égard de Stevenson me touche infiniment, surtout ici sur mon très modeste bac-à-sable.
Écrit par : tanguy | lundi, 02 mars 2009
Mettez "lanterne sourde" à la place "d'oeil de boeuf" et les règles seront toujours respectées. La littéralité dont je parle n'est pas une traduction "mot à mot".
J'ai mis "oeil de boeuf" comme expérience. Je n'étais pas sûr que la meilleure traduction de "bull's eye lantern" était "lanterne sourde". Bien entendu j'aurais alors traduit le terme complet par "lanterne à oeil de boeuf" ou plus certainement par "oeil de boeuf" tout court, qui semble être le terme français utilisé dans ce contexte (regardez ici :http://www.maisonsaint-gabriel.qc.ca/fr/b/page_b_5a_c25_03.html), et non par "lanterne sourde", car, comme vous le dites, je perdais sinon les références.
"dark lantern" est peut-être le terme le plus approprié pour "lanterne sourde". De plus, "lanterne sourde" est un terme péjoratif employé au sens figuré.
Écrit par : vianney | mardi, 03 mars 2009
Ah merci beaucoup de ces précisions. J'entends bien mieux ce que vous vouliez dire par littéralité. Merci encore Vianney pour toutes ces explications, précieuses aux esprits curieux.
Écrit par : tanguy | mardi, 03 mars 2009
Voici la traduction de Marie Picard aux éditions Sillage, je n'en suis pas friand mais elle respecte davantage vos règles Vianney:
"On dit que dans le sein de l'homme le plus ordinaire un poète est mort jeune. Mais il est peut-être plus juste d'affirmer que ce barde, même s'il ne fait ps partie des grands, survit dans presque tous les cas et qu'il est le sel de la vie de celui qui l'abrite. Jamais justice n'est rendue aux multiples ressources et à la fraîcheur méconnue de l'imagination de l'homme. Vue de l'extérieur, sa vie peut sembler n'être qu'un grossier amas de boue; mais il y a toujours quelque chambre tapissée d'or au cœur de la fange, et c'est là qu'il trouve son bonheur; aussi sombre que son chemin puisse paraître à celui qui l'observe du dehors, il porte toujours une sorte de lanterne sourde à sa ceinture."
R. L. Stevenson, Les porteurs de lanternes (Edition Sillage P;24,25)
Écrit par : tanguy | vendredi, 20 mars 2009
Ici les mots ne sont plus les "vrais" mots. "Multiples ressources" etc. C'est une traduction qui "rate" le littéraire. Versatile en français et en anglais n'a pas tout à fait le même sens. On peut le traduire en français par "souplesse", "polyvalence", ici on a mis "ressource", mais là ca ne va pas.
"there will be some golden chamber at the heart of it, in which he dwells delighted"
"il y a toujours quelque chambre tapissée d'or au cœur de la fange"
Pourquoi "tapissé", de quelle "fange" s'agit-il ? Non, les règles dont je parle ne sont pas respectées.
"and for as dark as his pathway seems to the observer"
"Aussi sombre que son chemin puisse paraître à celui qui l'observe du dehors", alors qu'il y a écrit explicitement : "et pour sombre (ou obscur) que semble son chemin à l’observateur". Voyez le nombre de mots inutilement employés dans cette phrase. "Aussi sombre que", "puisse","à celui qui l'observe". La littérature c'est le contraire de cela.
La première traduction dilue le texte par des termes moins vigoureux que dans l'original et des ajouts inutiles. Dans celle-ci il y a trop de déviances, on ne reconnaît plus la voix de l'auteur il me semble. Egalement les membres de la phrases sont souvent renversés.
Écrit par : vb | vendredi, 03 avril 2009
Bonjour VB (mystérieux Vianney),
Je pensais au fait qu'il y avait moins d'ajouts qu'avec Le Bris... Mais clairement la voix de Stevenson s'est perdue...
Malheureusement j'ai pris cet ouvrage pour remercier quelqu'un à qui je ne devais pas faire un cadeau onéreux... Je lui ai dit quand même que cette traduction était un peu moins bonne que celle des essais réunis par Le Bris... (en gros je lui file son cadeau en lui disant que c'est un peu de la daube, euh oui ça y ressemble un peu, mais avec des nuances infinies)
Merci pour cette énième mise au point. Et cette remontée toujours appréciable. D'ailleurs avec votre permission j'aimerai dans un nouveau billet livrer le texte d'origine et votre traduction (en mentionnant le traducteur M. Vianney)
J'attends bien sûr votre autorisation.
Tanguy
Écrit par : tanguy | vendredi, 03 avril 2009
N'exagérons pas, cette traduction n'est pas mal écrite. Mais elle n'est pas assez fidèle.
Dans ma version "flegmatique" n'est pas bon. Peut être mettre "impassible" ? Nous n'avons pas "stolide" en français malheureusement. Je vous donne l'autorisation.
En vérité et je ne suis pas tombé sur ce blog tout à fait par hasard. Voici ce que je "m'amuse" à traduire :
http://stores.lulu.com/vianney
Écrit par : vb | samedi, 04 avril 2009
Eh bien je vous remercie, je remplacerai "flegmatique" par "impassible"...
Bonne continuation dans votre voyage en terres stevensoniennes...
Le billet paraitra lundi. (dimanche sois minuit en fait, comme d'hab)
Merci encore.
Écrit par : tanguy | samedi, 04 avril 2009
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