vendredi, 02 janvier 2009
Danse avec la nuit
(Petite chose inutile pour Sidonie et autres gens frivoles)
A un ami justicier.
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Son portable vibra dans sa poche, il l'en extirpa après en avoir solidement remué le disparate contenu. Un message de Rouen: "Godot viendra." Le visage du justicier s'illumina dans la pâle lumière du halogène dressé - à peine oblique. Il resta un moment immobile, comme aux aguets, enfin ses yeux s'animèrent d'une flamme opiniâtre, sans quitter leur inquiétante fixité, et il se mit à taper, obstinément. Les doigts nerveux butaient sur le clavier revêche, obéissant aux ordres secrets du regard soudain rallumé, le visage entier du justicier paraissait pris dans la glace, à peine éclairé par l'écran fiévreux où les cristaux dansaient mystérieusement. Le cliquetis à la fin s'arrêta comme s'adoucissaient les traits et le regard du veilleur; les frusques de la nuit recouvrirent la rue de leur silence recommencé. La ville endormie œuvrait au rachat des fautes inexpiées, à nouveau l'obscurité emplissait Gentilly d'une douce inquiétude. Une mobylette au loin vint ébranler l'échaffaudage nocturne. Une fois de plus, un pauvre diable, messager de hasard, portait sa pizza tiède à quelque bête traquée.
La Seine coule imperturbable dans la capitale placide, 23h ne sonnent pas - elles ne sonnent jamais, pas si tard, pas ici. Plus loin le fleuve déverse ses eaux douteuses dans la mer qui palpite et mugit doucement. L'hiver est las de tempêtes - pour une nuit -, Rouen peut dormir en paix. Partie dans l'après-midi une barge gigantesque y déposera dans quelques heures ses conteneurs rouges et bleus, et personne ne cherchera à savoir ce qui se cache derrière la tôle impénétrable. Ce n'est pas grave. Déjà, dans le port ensommeillé, au secret d'un immeuble 1970, l'écran d'un Samsung à clapet s'éclaire en toute discrétion: "Vous retardez: il vient tout juste de nous quitter."
Refermant la porte de la chambre, l'homme du port sourit comme s'éteignait le jouet électronique. Elle l'attendait. Là-bas, tout au bord de Paris et ses fantasmes, le justicier relisait avec satisfaction d'anciens SMS arrogants de légèreté. Minuit non plus ne sonnerait pas.
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Peut-on seulement mettre des italiques avec un vieux portable comme celui du justicier (celui de Paris)? Je n'en sais diable rien mais ce n'est pas grave non plus.
23:34 Publié dans Chroniques du justicier | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0)







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Commentaires
Heureuse année 2009 à vous...
Ecrit par : Une Ville Un Poème | vendredi, 02 janvier 2009
Merci à vous digne recéleur... Bonne année également.
Ecrit par : Tang | samedi, 03 janvier 2009
J'aime bien la douce inquiétude sur Gentilly. Comme on peut casser un cliché, rien qu'avec un préfixe.
Ecrit par : solko | samedi, 03 janvier 2009
Bonjour Solko, c'est à peu près tout ce qu'il y a à garder dans cette inutilité... Au départ c'était beaucoup plus elliptique, un pastiche de polar - facile donc il faut le dire. Et puis je l'ai défiguré en voulant y mettre ce qui devrait être et que je n'ai pas trouvé. Histoire ancienne.
Votre mère-grand était une sage femme puisque vous êtes tel que l'on peut vous lire. Bonne journée à vous.
PS: La douce inquiétude de Gentilly d'ailleurs, je sais à quel point c'est vrai maintenant que j'ai quitté ce bourg caché - on a tort de croire que c'est une banlieue, c'est encore le village dont parlait Balzac très certainement; il faut bien regarder)
Ecrit par : Tang | samedi, 03 janvier 2009
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