lundi, 06 avril 2009
Roussir le papier
Peut-être avez-vous plus jeune écrit des poèmes pour un rêve de femme? A l'encre noire vous les avez écrits. Vous les trouviez splendides, n'est-ce pas? Gorgés de toute sa beauté, pensiez-vous. Si beaux que vous ne pouviez aimer ce papier bête aux bords rectilignes. Vous avez pris une allumette, l'avez flambée et vous avez tenté de roussir le papier. Et c'est à ce moment que vous avez écrit vraiment.
Écrire, mon ami, ce n'est pas noircir ces pages de vos bavardages. C'est autre chose. C'est cette flamme qui caresse le papier et menace à tout moment de le dévorer, et de vous brûler vous-même. Vos mains, votre cœur et jusqu'à votre maison. Voilà ce qu'est l'écriture. Le reste n'est que trahison et mérite d'être mis en boule comme une copie d'écolier et jeté aux flammes sans rémission.
Écrire est cette danse sur un fil, au-dessus de l'abîme éventré, ouvert en deux. D'un côté le sacré de la vie, de l'autre le sacré de la langue. Abîme à deux revers. Telle est l'écriture. Il vous faudra danser sur ce fil, caresser goulument ces deux vertiges. La Bible que je n'ai pas lue dit tout cela très bien, je crois.
Écrire est vertigineux, écrire est tentateur, écrire est dangereux. Il faudra donc se perdre, risquer de tout perdre. Ce que tu auras écrit, ce que tu auras aimé. Alors tu auras écrit.
Mais prends garde! Le papier en feu entre tes mains n'est que le début. A ton œil il aura rallumé une flamme sauvage et craintive, alors, et sans trembler, il te faudra souffler sur le bord calciné pour maîtriser la course de l'encre rousse. A t'en brûler les lèvres, à te voir fondre le blanc des yeux. Souffle, souffre et ne garde entre tes doigts roussis que le creux charbon d'un stylo enfin pétrifié et dans ta paume vingt flamèches.
* * *
Je n'ai besoin d'aucun sport de l'extrême, j'ai tout le vertige du monde à la pointe de mon stylo. Je suis un tigre de papier, l'herbe sous mes pas est brûlante et sèche comme l'amadou, chaque brindille, chaque instant peut m'embraser. J'aime ce vertige comme une femme. Ma voie a l'évidente violence de l'éclair fracturant la nuit.
Puis tout s'obscurcit quand elle paraît. A ce moment-là je ne sais plus. Et je me dis qu'elle doit savoir, que tout est déjà écrit dans ses replis d'ombre et de velours. Alors je me rendors pour mieux rêver. Mieux me perdre demain. Mieux brûler.

Ce billet enfin est à rapprocher de celui-ci dont la genèse fut en tout point identique: L'écriture du bord du monde.
18:33 Écrit par Tangleding (Webmaster) dans Chroniques du justicier, Lire mes ratures..., Littérature | Lien permanent | Commentaires (16) | Trackbacks (0) |
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Commentaires
Il est troublant ce billet.
Ubsola prestidigieux, Comment faites vous ?
Et la bible que je n'ai pas lue, dit tout cela beaucoup moins bien , je vous le confirme.
Lire et se taire. Voilà...
Cermi Guanty
Écrit par : Frasby | lundi, 06 avril 2009
Je ne saurai trop vous dire ce qu'il veut dire Frasby, c'est un papier du bord du monde je crois. Il me parle mais je ne sais pas trop où il veut en venir. Je l'ai écrit en marchant, je ne sais pourquoi cette image du papier que l'on brûle par romantisme et qui ne tient qu'à un souffle s'est imposée. sans doute parce qu'étant un idiot romantique j'ai brûlé le bord de papiers de citation pour décorer ma piaule, et je ne sais rien de plus fascinant que le feu menaçant ce qui est écrit.
Cependant la Bible doit dire cela bien mieux, et l'a dit bien avant le dieu de colère qui tenait mon stylo...
Écrit par : tanguy | lundi, 06 avril 2009
Ce qui est fascinant aussi, c'est que sans doute le billet minable intitulé "Lis ça connard!" a engendré celui-ci... Se vérifie alors la maxime bloyenne qui nous remémore que tout est adorable. Jusqu'au verbe asthmatique des tocards (moi y compris), bubon éclos pour armer le bras vengeur des profondeurs.
(J'aime bien parler comme un prophète illuminé. C'est quelque chose qui manque à notre époque. ;)
tut, tut, tut!
"Allo Dess, salut ma couille?
-...
- Une bouffe demain, ça roule."
(soupir, gros soupir)
Ce genre d'abîme aussi, un vrai gruyère quand on y pense l'écriture. J'aime mieux ne pas y penser...
Cermi pour votre commentaire (j'attendais une nanlyse en trois axes avec trois-sous parties, des figures de style, des transitions, intro béton, conclusion fatale... ah çédu je suis une soif de supl!)
A totant!
Écrit par : tanguy | lundi, 06 avril 2009
Dites, souv sêet ne orfme usvo ! A cirnoi le pipear veca néfrésie, ej ouvs prundser. Epeurv ed taviléti ! sous zeva crité aç ne tmahcran ? Grebi ! Vobra ! Te iuq usov maei vuso viuse !
Écrit par : kolso | lundi, 06 avril 2009
Jouronb kolso,
Je ne l'ai pas écrit en marchant tout à fait, j'ai fixé les images sur mon carnet en me rendant chez mon médecin (vitalité? tout cela est bien paradoxal...)
Ces questions ne me quittent jamais longtemps, et le billet du jour de Sophie (rapporté à la lecture) a réveillé l'animal...
Merci pour votre commentaire Solko, merci beaucoup. Il me choute éronémment, vatrimen.
PS: roussir, surtout pas noircir, triste sire!
Écrit par : tanguy | lundi, 06 avril 2009
PS: Il me semble que ce billet doit beaucoup à deux piqués dans votre cagnotte et que je (re)lisais hier sur papier justement... L'apostrophe, le verbe "flamber" que vous avez réveillé... Les rythmes aussi sans doute secrètement, à mon insu. Mon écriture est très mimétique. Vous avez dû le relever.
Une autre raison de vous remercier.
Écrit par : tanguy | lundi, 06 avril 2009
J'aime beaucoup l'idée d'écrire en marchant... (sans ou en charmillon)...
Vuos vasez qanud les bellits éloublissent torp mon utra ssapante dindonne, llece ic sidparaît dans le rout à tra (le routatra) qui ste issau darjin d'hevir d'Altesce. Dindonne roupait daspiriatre foutatait.dans le routatra s'endent.
ej iuss sédolée de vuso oivar duçé...
ej me sias vousent védécante... Et ne pius psa poremrtte de raife xiume...
nobbe niut à vuos
Écrit par : yafbsr | lundi, 06 avril 2009
@Ybrasf:
J'écris en vrai si mal que la tremblote charmante n'aggrave guère son cas (à ma gribouillure, pardi).
Je n'ai sap outt drompic, sami n'ets sap vagre... il est tionesqu de trouara, j'arrpouve des deux sinam! et cottenm!
Vuos n'seet sap is védecante, niol s'en atuf!
nobbe tuin et cerminieb!
Écrit par : tanguy | mardi, 07 avril 2009
Ce nst'e pas vagre si vuos van'ez toipn tuot pomcris, ej n'ia sap tuot pomcris "tionesqu" rap emxeple
mais je vous sarrure : la bremtlotte et la groiubillure ne se oivent ubsolament sap trove ysèlte ets farpiatenmé pimlide et vousent rsèt buae.
Faprios je sius beni védecante siam c'ste psa vagre piuqsue ej le sias...
je vanais sap uv ces tepits noincs de gape ourrsies , je voutre aç
ubsolament uréssi, rsèt atriqstique, et beni buae. vabro !
pessaz une nobbe niut !
Écrit par : Frasby | mardi, 07 avril 2009
"J'aime ce vertige comme une femme"
Je crois que c'est le même
Écrit par : Phantom of Ben Gazzara | mardi, 07 avril 2009
Non.
Écrit par : Pascal Adam | mardi, 07 avril 2009
@Frasby:
stionequ? Quelle stionequ! cétriliav comme stionequ, atrimenv je sius prursis! bien prursis!
demabonnetuinvourecreminiebtengiment, et vrai que les boins crûlés vous aient plu! les avaidabordbienroussis, pour ce que dès l'abord ne lezavévouvu
@Phantom:
Hum, vous êtes bien sûr de vous...
@Pascal:
Je racupitèle, et rociggez moi si je me trompe:
- Non, je n'ai pas écrit de poème pour un rêve de femme. (vous eûtes raison: d'expérience on ne les attrape pas ainsi!)
- Non, ne les avez splendides pas trouvés (vous eûtes plus raison encore: passé l'exaltation la relecture est cruelle)
- Non ce n'est pas le même vertige. (pas plus qu'en toute autre chose alors, ni moins?)
Merci d'être passé et d'avoir dit non. (sans aucune ironie).
Écrit par : gatuny | mardi, 07 avril 2009
alors pourquoi l'image vous est venue ? refaisons la phrase avec "J'aime ce vertige comme une otarie sur son rocher"
vous trouvez que ça a le même sens
Écrit par : Phantom of Ben Gazzara | mardi, 07 avril 2009
@Phantom:
Avec otarie c'est bcp plus drôle... bah je me méfie des restes de mon romantisme adolescent... et de biens d'autres choses aussi d'ailleurs...
Disons que si tout le mystère du Livre enfoui en tout lieu d ela création, l'otarie pourrait fonctionner et c'est un peu ce que dit ce billet je crois.
Mais l'écriture comporte sa part de mensonge, et le surmystère romantique enveloppant la femme est peut être un mensonge nécessaire pour qu'un homme écrive vraiment.. Je ne sais pas, vous questionnez les trous calcinés de mon texte et je ne sais pas ce qu'il en est, très sincèrement...
Je comprends bien ce que vous avez exprimé, et aussi ce qu'a dit Pascal. Quant à moi je n'ai aucune réponse et ce texte même ne m'en a pas donnée.
Écrit par : gatuny | mardi, 07 avril 2009
vous savez nombre de cinéastes tombent amoureux de leurs actrices parce que ce sont des fétichistes de la beauté, en revanche j'ai toujours pensé que l'écrivain était lié à la perte, à la défection, à la perdition, les femmes (du moins quand on est hétéro) font partie de cet ensemble parmi beaucoup d'autres choses, vous ne trouvez pas ?
Écrit par : Phantom of Ben Gazzara | mardi, 07 avril 2009
Ah dans ce sens oui je vois ce que vous voulez dire... En tout cas soyez sûr d'une chose, si je suis flou ce n'est pas seulement par coquetterie.
Ce n'est pas souvent que j'écris quelque chose qui suscite des questions. A ces questions je n'ai pas de réponses évidemment, et le texte garde en partie ses secrets.
PS: le fétichisme je comprends cela très bien, ça visiblement fait partie de mes névroses... mis je me soigne, voyez j'ai ouvert un blogue.
Écrit par : gatuny | mardi, 07 avril 2009
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